Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 161 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 158

 

 

Joona sonne chez lui et sourit tout seul en entendant des pas dans l’appartement. Disa vient lui ouvrir la porte. Il pénètre dans le vestibule plongé dans la pénombre et ôte ses chaussures.

— Tu as l’air totalement épuisé, dit-elle.

— Ça ira.

— Tu veux manger ? Il en reste… je peux réchauffer…

Joona secoue la tête et la serre dans ses bras. Il est trop fatigué pour parler à cet instant, mais tout à l’heure il lui demandera d’annuler le voyage au Brésil. Elle n’est plus obligée de partir.

Du sable s’échappe de sa veste et forme un petit cône par terre quand Disa l’aide à se débarrasser de ses vêtements.

— Tu es allé jouer au bac à sable ? rit-elle.

— Rien qu’un petit moment.

Il gagne la salle de bains et se glisse sous la douche. L’eau brûlante qui l’inonde apaise son corps meurtri. Il s’appuie contre le carrelage et sent petit à petit ses muscles se détendre.

Ça brûle dans la main qui tenait le pistolet quand il pressait la détente et tirait sur un homme qui n’était pas armé.

Si je m’habitue à la pensée de ce dont je me suis rendu coupable, je pourrai redevenir heureux, pense-t-il.

Même si Joona savait très bien que le Marchand de sable était mort, qu’il avait vu les balles lui traverser le corps, qu’il l’avait vu rouler en bas de la pente comme un cadavre dans une fosse commune, il l’avait suivi. Il s’était laissé glisser dans l’escarpement en freinant comme il pouvait, s’était arrêté devant le corps, avait pointé l’arme sur la nuque de l’homme et tâté son cou avec l’autre main. Le Marchand de sable était bel et bien mort. Ses yeux ne l’avaient pas trahi. Les trois balles avaient traversé son cœur.

Il pousse un soupir de bien-être à l’idée réconfortante de ne plus avoir à craindre le complice de Jurek.

Joona s’essuie et se lave les dents, puis s’interrompt et tend l’oreille. Apparemment, Disa parle au téléphone.

En arrivant dans la chambre, il constate qu’elle est en train de s’habiller.

— Qu’est-ce que tu fais ? demande-t-il en s’allongeant entre les draps propres.

— Mon patron vient d’appeler, dit-elle avec un sourire fatigué. Ils sont en train de combler un trou sur la pointe de Loudden. Toute la zone suit un programme d’assainissement, mais là, ils pensent être tombés sur un plateau de jeu ancien… Il faut que j’aille tout de suite arrêter les dégâts, parce que s’il s’avère…

— Ne pars pas, la coupe Joona et il sent la fatigue lui brûler les yeux.

Disa fredonne pour elle-même quand elle sort un pull soigneusement plié du tiroir supérieur de la commode.

— Tu as commencé à remplir mes tiroirs ? murmure-t-il, et il ferme les yeux.

Disa va et vient dans la chambre. Il l’entend se brosser les cheveux, prendre une veste sur un cintre.

Il se tourne sur le côté et a juste le temps de réaliser que les souvenirs et les rêves commencent à s’emboîter les uns dans les autres.

Le corps du Marchand de sable roule sur la pente escarpée et s’arrête devant un vieux fourneau.

Samuel Mendel se gratte le front et dit : Absolument rien n’indique que Jurek Walter ait un complice. Mais toi, comme toujours, tu ne peux pas t’empêcher de lever un doigt en l’air et de dire אכפיא†אמלידו.

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