Le Marchand de sable
Chapitre 155
Anders pense à My, elle avait l’air un peu perplexe quand il lui a dit qu’elle pouvait aller dormir dans la salle de repos.
— Je trouve simplement qu’il n’y a aucune raison de rester éveillés tous les deux, avait-il précisé sur un ton pincé. Moi, je n’ai pas le choix, je dois travailler encore quelques heures pour finir un truc en cours. Après, toi et Leif, vous ferez comme vous voulez pour vous répartir le temps.
Il est seul maintenant. Il passe dans le couloir, s’arrête devant la porte de la salle de repos et tend l’oreille.
Tout est calme.
Il continue jusqu’au centre de vidéosurveillance et s’installe au poste d’opérateur. C’est enfin l’heure de l’extinction des feux. Le grand écran affiche les neuf fenêtres. Jurek Walter s’est couché tôt. Anders devine son profil maigre dans le lit. Il occupe une position immobile inquiétante. On dirait qu’il ne respire plus. Saga est assise sur son lit, les pieds par terre. Sa chaise est renversée devant elle.
Anders se penche vers l’écran et l’observe. Son regard suit l’arrondi de sa tête rasée, la nuque fine, les épaules et les muscles de ses bras minces.
Il n’y a aucun obstacle à ses desseins.
Il n’arrive pas à comprendre pourquoi il a été pris d’une telle panique la nuit dernière quand il était entré dans sa cellule. Personne ne regardait les moniteurs et même si tel avait été le cas, il faisait trop sombre dans la chambre pour voir quoi que ce soit.
Il aurait pu coucher avec elle dix fois s’il avait voulu, il aurait pu faire n’importe quoi.
Anders inspire profondément, tape son identifiant et son mot de passe et ouvre le programme d’administration de son service, sélectionne la zone des patients et clique sur l’éclairage nocturne.
Les trois chambres sont plongées dans le noir.
Il ne faut que quelques secondes à Saga pour allumer la lampe de chevet et tourner les yeux vers la caméra.
On dirait qu’elle le regarde parce qu’elle sait qu’il la regarde.
Anders observe les deux gardiens qui discutent devant l’entrée. L’homme dit quelque chose qui fait rire la femme de grande taille – en souriant, il fait semblant de jouer du violon.
Anders se lève et regarde Saga encore une fois.
Il va chercher un comprimé dans l’armoire pharmaceutique, le dépose dans un gobelet en plastique, s’approche de la porte de sécurité et introduit sa carte dans le lecteur.
Quand il se trouve devant la chambre de Saga, les battements de son cœur s’accélèrent. À travers la vitre épaisse, il la voit assise sur le lit, le regard dirigé vers la caméra, telle une petite sirène fragile.
Anders ouvre le volet du vasistas et la voit tourner les yeux dans sa direction. Elle se lève et s’avance d’un pas hésitant.
— Tu as bien dormi la nuit dernière ? demande-t-il gentiment.
Quand elle tend la main par l’ouverture, il saisit ses doigts et les tient un long moment avant de lui donner le gobelet.
Il referme le volet et la voit repartir dans la pièce. Elle met le comprimé dans sa bouche, remplit le gobelet d’eau, avale, éteint la lampe de chevet et s’allonge.
Anders va chercher les sangles qui s’adaptent au lit, retire le mince plastique de protection, puis se poste devant la vitre blindée et observe la silhouette de Saga.
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