Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 84 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 81

 

Saga est assise, immobile, dans le fourgon, le regard tourné vers la fenêtre. Les chaînes des menottes résonnent au même rythme que les mouvements du véhicule.

Elle ne voulait pas penser à Jurek Walter. Depuis qu’elle a accepté la mission, elle a réussi à chasser de son esprit toute évocation de ses assassinats.

Mais maintenant ce n’est plus possible. Après trois jours de monotonie à l’hôpital de Karsudden, la décision de l’administration pénitentiaire de la transférer est mise à exécution. Elle est en route pour l’unité sécurisée de l’hôpital Löwenströmska.

La rencontre avec Jurek approche.

Elle se remémore la photographie dans le dossier, la première qu’elle a vue : son visage fané, les yeux clairs et brillants.

Jurek travaillait comme mécanicien et menait une vie recluse et solitaire jusqu’à son arrestation. Rien dans son appartement ne pouvait être relié aux crimes, et pourtant il avait été pris en flagrant délit.

En lisant les rapports et en examinant les photos des différents lieux où l’on avait découvert des tombes, Saga avait sué d’angoisse. Un grand cliché en couleurs montrait les plots de signalement numérotés posés par les techniciens dans une clairière où des mottes de terre humide entouraient une tombe et un cercueil ouvert.

Nils “l’Aiguille” Åhlén avait réalisé une soigneuse analyse médico-légale des blessures de la femme restée enterrée vivante pendant deux ans.

Saga sent le mal des transports arriver et regarde la route et les arbres qui défilent. Elle pense à l’état de dénutrition de la femme, aux escarres, aux engelures et aux dents déchaussées. Joona avait témoigné au procès, attestant qu’il avait vu Jurek repousser la femme décharnée et affaiblie dans le cercueil chaque fois qu’elle essayait d’en sortir.

Saga sait qu’elle ferait mieux de ne pas y penser.

Les pétales sombres d’une fleur d’angoisse se déplient lentement dans son ventre.

Elle ne doit pas avoir peur, quoi qu’il arrive. Elle contrôle parfaitement la situation.

Le fourgon freine et les entraves aux poignets cliquettent.

Le bidon en plastique et le cercueil étaient tous les deux pourvus d’un tuyau pour respirer, émergeant hors du sol.

Pourquoi ne les tue-t-il pas tout de suite ?

C’est incompréhensible.

Mentalement, Saga repasse en revue le témoignage de Mikael Kohler-Frost sur sa séquestration dans la capsule. Les battements de son cœur s’accélèrent quand elle pense à Felicia, restée là-bas, toute seule, la petite fille à la tresse emmêlée tenant sa bombe d’équitation.

La neige a cessé de tomber, mais le soleil n’a toujours pas fait son apparition. Le ciel est dense et bas. Le fourgon quitte la route départementale, tourne prudemment à droite et s’engage dans l’enceinte de l’hôpital.

Sous un abribus, une femme d’une quarantaine d’années attend, elle tient deux sacs en plastique à la main et fume avidement une cigarette.

Un service hospitalier fermé peut, après décret du gouvernement, être aménagé en unité sécurisée. Saga sait que, dans la pratique, le texte de loi donne toute liberté aux établissements d’agir comme bon leur semble.

Les lois et les droits habituels n’ont plus cours derrière les portes verrouillées. Il n’y a aucun véritable moyen d’inspection ni de suivi. Les membres du personnel sont les rois de leurs propres Enfers tant qu’aucun patient ne s’évade.

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