Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 169 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 166

 

 

Joona fend la surface de l’eau, perce la boue de glace, essaie de rester calme et inspire de l’air dans ses poumons.

Le froid est épouvantable.

Sa tête menace d’éclater, mais il ne s’est pas évanoui.

C’est son entraînement de parachutiste qui l’a sauvé – il a réussi à contenir le réflexe de vouloir inspirer de l’air.

Les bras gourds et les vêtements alourdis, il nage dans l’eau noire. Le quai n’est pas loin, mais sa température corporelle baisse à une vitesse vertigineuse. Les plaques de glace s’entrechoquent autour de lui. Il a déjà perdu la sensibilité dans les pieds, mais il continue de battre des jambes.

Des vagues se soulèvent et balaient son visage.

Il tousse, sent ses forces l’abandonner. Sa vue se brouille, mais il s’oblige à continuer, fait encore quelques brasses et finit par atteindre le quai. En soufflant, il tente de s’agripper aux pierres, aux minces interstices. Il se déplace de côté et trouve une échelle en fer.

L’eau ruisselle de son corps quand il grimpe. Ses mains collent au métal gelé. Il manque de s’évanouir, mais continue son ascension d’un pas pesant.

Avec un gémissement, il roule sur le quai, puis se redresse et se dirige vers le poids lourd.

Il tâte le holster avec sa main pour s’assurer qu’il n’a pas perdu son pistolet.

La neige cingle et brûle son visage mouillé. Il ne sent plus ses lèvres, et ses jambes sont prises d’un violent tremblement.

Il se met à courir dans l’étroite allée entre les piles de conteneurs sombres pour atteindre le camion avant qu’il ne quitte le terminal. La perte de sensibilité le fait trébucher, il heurte un conteneur et s’appuie contre son flanc avant d’enjamber un remblai de neige.

Il surgit enfin dans la lumière des phares du semi-remorque sur lequel est chargé le conteneur rouge portant l’inscription Hamburg Süd.

Le chauffeur se trouve derrière la remorque, en train de vérifier l’état de marche de ses feux de stop, quand il voit Joona s’approcher.

— T’es tombé à l’eau ? s’écrie-t-il et il fait un pas en arrière. Merde, tu vas mourir congelé si tu ne rentres pas au chaud.

— Ouvrez le conteneur, bafouille Joona. Je suis policier, je dois…

— Ce sont les douanes qui décident, je n’ai pas le droit d’ouvrir…

— Police criminelle, l’interrompt Joona d’une voix faible.

Il a du mal à focaliser son regard sur l’homme et il entend lui-même combien ses propos sont décousus lorsqu’il tente d’expliquer les compétences de la Rikskrim.

— Je n’ai même pas les clés, dit le chauffeur en jetant un regard aimable à Joona. Seulement un coupe-boulon et…

— Dépêchez-vous, le supplie Joona et il tousse de fatigue.

Le chauffeur file vers l’avant du camion, monte dans la cabine, fouille derrière le siège passager et en sort un solide coupe-boulon.

Joona frappe les parois du conteneur et appelle le nom de Disa.

Le chauffeur revient en courant. Son visage s’embrase sous l’effort quand il serre les manches de l’outil autour de la serrure, qui saute avec un petit bruit sec.

La porte s’ouvre sur des charnières grinçantes. Tout l’espace est rempli de cartons empilés sur des palettes et cerclés de feuillards, jusqu’au plafond. Sans un mot au chauffeur, Joona prend le coupe-boulon et poursuit son chemin. Tout son corps tremble de froid et ses mains le font horriblement souffrir.

— Tu ferais mieux d’aller à l’hôpital, crie l’homme derrière lui.

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