Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 115 sur 187

Pages du PDF

Le Marchand de sable

Chapitre 112

 

Joona tombe à genoux et examine brièvement Marie. Il n’y a rien à faire, la volée de plombs a traversé le cœur et les poumons, et a sectionné la carotide.

La voix prise de sanglots, Eliot Sörenstam crie dans sa radio qu’il faut faire venir une ambulance et des renforts.

— Police, lance Joona. Posez votre arme et…

Une nouvelle décharge arrive de la cave, elle passe à travers les barreaux de la rampe, arrachant une grêle d’éclats de bois.

Joona perçoit le bruit métallique d’un fusil qu’on casse. Il se précipite, atteint l’escalier et entend le petit soupir quand la cartouche vide est retirée du fusil.

À grandes enjambées, le pistolet levé, il descend les marches plongées dans la pénombre.

Eliot Sörenstam a ramassé la lampe de poche et lui éclaire le chemin. Sa lumière atteint le sous-sol juste à temps pour empêcher Joona de s’embrocher.

Au pied de l’escalier, on a dressé une barricade en empilant les chaises de la cuisine. Les pieds tournés vers le haut ont été taillés en pointes, et on y a fixé des couteaux de cuisine avec du scotch armé argenté.

Joona braque son lourd Colt Combat au-dessus de la barricade, droit dans une pièce où trône une table de billard.

Il n’y a personne en vue, tout est redevenu calme.

La montée d’adrénaline le rend étrangement apaisé, comme s’il se trouvait dans une nouvelle version plus nette de la réalité.

Il déplace doucement son doigt de la détente et défait la corde attachée à la rampe d’escalier afin de pouvoir contourner les chaises.

— Merde, qu’est-ce qu’on fout maintenant ? chuchote Eliot d’une voix paniquée en arrivant aux côtés de Joona.

— Tu as ton gilet pare-balles ?

— Oui.

— Essaie d’éclairer plus loin.

Deux cartouches vides traînent sur le sol parmi des éclats de verre et de vieilles boîtes de conserve. Eliot respire beaucoup trop vite quand il explore les recoins, tenant la lampe de poche tout près de son pistolet. Il fait plus chaud ici et une odeur âcre de transpiration et d’urine les prend à la gorge.

Des fils de fer sont tendus en travers du passage à hauteur de cou et ils doivent se baisser. Les câbles tintent en se touchant.

Ils entendent alors des chuchotements et Joona s’arrête et fait un signe à Eliot. Un petit crépitement, suivi d’un bruit de pas.

— Courez, courez, chuchote quelqu’un.

De l’air froid s’engouffre et Joona continue d’avancer tandis que la lumière nerveuse de la torche d’Eliot Sörenstam balaie la cave. Sur la gauche, ils devinent une chaufferie, et de l’autre côté, un escalier en béton monte vers une porte ouverte sur l’extérieur.

La neige s’engouffre et recouvre les marches.

Joona a déjà repéré la personne dissimulée au moment où la lueur de la lampe de poche fait scintiller la lame du couteau.

Il fait un pas en arrière, perçoit la respiration rapide qui précède un subit gémissement.

Une grande femme au visage sale se rue sur lui, un couteau à la main, et Joona lève machinalement le pistolet vers son torse.

— Attention, crie Eliot.

Ce n’est l’affaire que d’une seconde, mais qui suffit à Joona pour s’abstenir de tirer. Instinctivement, il va à la rencontre du mouvement de la femme et fait un pas oblique en avant quand elle frappe. Il saisit son bras et le bloque, puis pivote en laissant ses épaules suivre la rotation du corps et frappe le côté gauche du cou de la femme avec son avant-bras droit. Le coup violent la prend par surprise, la propulsant en arrière.

Joona maintient la prise autour du bras qui tient le couteau. Un craquement se fait entendre quand le coude casse, comme des cailloux qui s’entrechoquent au fond de l’eau. La femme heurte le sol et hurle de douleur.

Le couteau tombe sur le carrelage. Joona l’éloigne d’un coup de pied et pointe le pistolet sur la chaufferie.

OceanofPDF.com