Le Marchand de sable
Le Marchand de sable
roman traduit du suédois
par Lena Grumbach
ACTES SUD
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Poussée par le vent marin, la neige tourbillonne dans la nuit. Un jeune homme marche sur un haut pont ferroviaire en direction de Stockholm. Son visage est pâle comme du verre embué, son jean, raidi de sang gelé. Enjambant les traverses, il avance entre les rails. Cinquante mètres plus bas, la glace qui recouvre le bassin se distingue vaguement tel un lambeau de drap blanc. Les arbres et les réservoirs de pétrole du port sont à peine visibles ; les flocons de neige tournoient devant les projecteurs du portique à conteneurs.
Du sang chaud ruisselle le long de l’avant-bras gauche de l’homme, coule sur sa main et tombe goutte à goutte du bout de ses doigts.
À l’approche d’un train de nuit, le pont, long de deux kilomètres, se met à chuinter et à vibrer.
Le jeune homme vacille, s’assied sur la voie ferrée, puis parvient à se relever et à reprendre sa marche.
Sur sa lancée, le train déplace des masses d’air qui brassent la neige et réduisent la visibilité. La locomotive Traxx est déjà engagée au milieu du pont quand le conducteur découvre l’homme sur la voie. Il klaxonne et la silhouette perd l’équilibre, se déporte sur sa gauche vers la voie parallèle et s’agrippe au mince garde-fou.
Les vêtements de l’homme flottent autour de son corps. Sous ses pieds, le pont tremble violemment. Il reste immobile, les yeux écarquillés et la main serrée sur la rambarde.
Tout n’est que neige virevoltante et obscurité vertigineuse.
Avant de reprendre sa marche, il doit arracher de force sa main en sang collée au métal gelé du garde-corps.
Son nom est Mikael Kohler-Frost. Il a été porté disparu il y a treize ans et est déclaré mort depuis sept ans.
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