Le Marchand de sable
Chapitre 164
La neige tombe abondamment et Joona plisse les yeux pour mieux voir. Il saute par-dessus un plot en béton et se retrouve au bord du quai. De la glace boueuse flotte dans l’eau noire, roule contre la coque du navire dans un grondement incessant. L’odeur de la mer fusionne avec celle émise par quatre moteurs diesel.
Joona monte à bord, avance le long du bastingage, repousse sans ménagement une caisse de manilles et découvre une pelle.
— Hé, vous là, lance un homme derrière lui.
Joona marche sur un carton mouillé, son pied passe à travers, il court le long de la rambarde, voit une masse de forgeron posée devant le bastingage parmi des clés anglaises, des crochets de levage et une chaîne rouillée. Il se débarrasse de la pelle, emporte le gros marteau et se précipite vers le conteneur rouge. Il est assez grand pour abriter quatre voitures. Il tape dessus du plat de la main et entend un écho assourdi rebondir sur le métal.
— Disa ! crie-t-il en le contournant.
Une solide serrure de sécurité ferme la double porte. Il balance la lourde masse d’avant en arrière au-dessus du sol, lui fait décrire une large courbe et l’abat avec une force inouïe. La serrure et le plombage éclatent en mille morceaux dans un grand fracas. Il lâche la masse et ouvre les portes.
Disa n’est pas là.
Dans la pénombre, il ne voit que deux voitures de sport BMW.
Joona ne sait pas quoi faire. Son regard balaie le quai, jusqu’à la gigantesque aire de stockage de conteneurs.
Un tracteur aux feux clignotants déplace de petites marchandises.
Au loin, les réservoirs de pétrole de Loudden se devinent à travers l’épaisse neige.
Joona s’essuie la bouche et retourne sur le quai.
Un chariot déplace des conteneurs de couleur grise vers un train de marchandises, et à l’angle du quai, à plus de trois cents mètres de distance, un poids lourd avec une bâche très sale embarque sur le roulier à destination de Saint-Pétersbourg.
Suivant le poids lourd de près, un camion chargé d’un conteneur ISO rouge monte sur la rampe.
Sur son flanc, on peut lire Hamburg Süd.
Joona essaie de déterminer quel est le chemin le plus court pour l’atteindre.
— Tu peux pas rester là ! lance un homme derrière lui.
Joona se retourne. Un docker de grande taille, portant casque, gilet orange et gants épais, s’approche de lui.
— Police criminelle, dit Joona vivement. Je cherche un…
— Ferme-la. Je m’en fous, de qui tu es, tu peux pas monter à bord comme ça…
— Appelez votre chef et dites-lui que…
— Tu vas attendre ici et expliquer tout ça aux vigiles qui vont pas tarder…
— Je n’ai pas le temps pour ça, dit Joona en lui tournant le dos.
Le docker pose une main ferme sur son épaule. Par réflexe, Joona pivote, envoie son bras autour de celui de l’homme et lui tord le coude vers le haut.
Ça va extrêmement vite.
Le docker est obligé de se pencher en arrière pour atténuer la douleur dans l’épaule et au même moment, Joona lui fait un croche-pied. Comme il ne tient pas à lui casser le bras, il le lâche et laisse l’homme s’effondrer au sol.
Le grand portique gronde et il y a subitement moins de lumière lorsque le projecteur est caché par la cargaison qui pend dans ses griffes juste au-dessus de lui.
Joona ramasse le marteau et part d’un pas rapide, mais un docker assez jeune en vêtements fluorescents bien visibles se met sur son chemin, une grosse clé anglaise à la main.
— Faites attention à vous, dit Joona d’une voix pesante.
— Tu vas attendre les agents de surveillance ici, dit le docker, et on peut lire la peur dans son regard.
Joona l’écarte du plat de la main pour pouvoir passer. Le docker fait un pas en arrière, puis l’attaque avec la clé anglaise. Joona pare le coup avec son bras, mais il est quand même touché à l’épaule et laisse tomber la masse. Poussant un grognement de douleur, il agrippe le bord arrière du casque du docker, tire vers le bas et donne un coup violent sur l’oreille de l’homme qui tombe à genoux et se met à hurler.
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