Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 19 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 16

 

La porte s’ouvre à la volée et rebondit violemment contre le mur en béton. Joona entre dans la pièce, tout en introduisant un nouveau chargeur dans l’arme. Les huit personnes présentes quittent l’écran géant des yeux pour les braquer sur lui.

— Six secondes et demie avant le premier coup de feu, dit l’un d’eux.

— C’est beaucoup trop long, répond Joona.

— Mais Markus aurait lâché le pistolet plus vite si le coude l’avait atteint pour de vrai, fait remarquer un homme assez grand au crâne rasé.

— Oui, là, tu aurais gagné un peu de temps, sourit une femme officier.

La scène se rejoue déjà à l’écran. Le muscle tendu de l’épaule de Joona, le mouvement souple en avant, l’alignement de l’œil et du guidon au moment où il presse la détente.

— Putain, c’est impressionnant, dit le commandant en chef et, en un geste large, il pose ses deux paumes sur la table.

— Venant d’un flic, complète Joona.

Ils rigolent, se renversent sur leurs chaises et le commandant en chef, gêné, se gratte le bout du nez.

Joona Linna accepte un verre d’eau minérale. Il ne sait pas encore que toutes ses peurs vont bientôt s’embraser, comme une tempête de feu. Il ne se doute nullement qu’une petite étincelle s’approche lentement de la mare d’essence.

Il est venu à la garnison de la forteresse de Karlsborg pour enseigner le combat rapproché au groupe des opérations spéciales. Sans être un instructeur diplômé, il est probablement la personne en Suède qui a le plus d’expérience des techniques que ces agents doivent apprendre. À dix-huit ans, Joona faisait son service militaire comme parachutiste à Karlsborg précisément. Aussitôt sa formation de base accomplie, il fut recruté dans un nouveau corps d’élite chargé des opérations qui ne pouvaient être effectuées par des unités militaires conventionnelles.

Alors qu’il a depuis longtemps quitté l’armée et mené à bien ses études à l’École supérieure de la police, il lui arrive encore de rêver la nuit de l’époque où il était parachutiste. Il est à nouveau dans l’avion, il entend le vacarme assourdissant et regarde dehors par l’ouverture hydraulique. L’ombre de l’avion court sur l’eau claire en contrebas, telle une croix grise. Dans son rêve, il descend en courant la tranche arrière et saute dans l’air froid, entend le sifflement du vent dans les sangles, sent la secousse dans le harnais et se laisse porter quand le parachute se déploie. L’eau s’approche à une vitesse vertigineuse. Le Zodiac noir tout en bas est ballotté par les vagues écumantes.

Joona a été formé aux Pays-Bas au combat rapproché à la baïonnette, au couteau et au pistolet. Il a été entraîné à exploiter toutes sortes d’environnements et à innover en utilisant comme armes des objets insolites. Ces techniques particulières constituent une variante ciblée de la méthode de close-combat connu sous le nom hébreu de krav-maga.

— On va garder cette situation comme point de départ, puis on augmentera le degré de difficulté au cours de la journée, dit Joona.

— Comme tuer deux personnes avec une seule balle ? demande l’homme au crâne rasé.

— C’est impossible, répond Joona.

— On a entendu dire que tu l’avais fait, proteste la femme, intriguée.

— Pas du tout, sourit Joona et il passe la main dans ses cheveux blonds ébouriffés.

Le téléphone sonne dans la poche de sa veste. Le numéro sur l’écran lui indique que c’est Nathan Pollock, de la Rikskrim. Nathan sait où se trouve Joona et il ne l’appellerait que pour une affaire importante.

— Excusez-moi, dit Joona avant de répondre.

Il boit une gorgée d’eau et écoute, un sourire aux lèvres avant de prendre un air sérieux. Soudain, il blêmit.

— Jurek Walter est toujours sous les verrous ? demande-t-il.

Le tremblement de sa main l’oblige à poser le verre d’eau sur la table.

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