Le Marchand de sable
Chapitre 57
Saga Bauer passe toute la matinée suivante dans une des salles de réunion de la Säpo avec quatre autres agents, trois analystes et deux personnes de l’administration. La plupart ont un ordinateur ou une tablette devant eux. Un tableau lumineux gris affiche un diagramme des communications filaires effectuées hors des frontières de la nation au cours de la semaine.
On discute de la base de données analytique du service chargé du renseignement d’origine électromagnétique, de nouveaux termes de référence et de la radicalisation rapide d’une trentaine d’islamistes prônant la violence.
— Même si les Shebabs somaliens ont énormément utilisé le réseau d’al-Qimmah, je ne crois pas que ça donnera grand-chose, dit Saga et elle repousse ses longs cheveux derrière les épaules. On va continuer, bien entendu, mais on devrait commencer par infiltrer le groupe de femmes dans la périphérie, comme je l’ai déjà suggéré et…
La porte s’ouvre et le directeur de la Säpo, Verner Zandén, entre en levant une main en signe d’excuse.
— Je ne veux absolument pas vous déranger, dit-il de sa voix puissante et il capte le regard de Saga. Mais je pars faire une petite promenade et ce serait vraiment sympa si tu pouvais m’accompagner.
Elle hoche la tête, ferme les applications en cours et éteint son ordinateur, mais elle le laisse sur la table en quittant la salle en compagnie de Verner.
Des flocons de neige tombent du ciel quand ils sortent dans Polhemsgatan. Il fait très froid et la lumière vaporeuse du soleil inonde les petits cristaux dans l’air. Verner fait de si grands pas que Saga doit presque courir à ses côtés, comme une enfant.
Ils dépassent Fleminggatan en silence, prennent le raccourci par le portail du dispensaire Sankt Erik et ressortent dans le parc circulaire de la chapelle, puis descendent l’escalier qui mène aux eaux de Barnhusviken, prises dans la glace.
La situation paraît de plus en plus étrange, mais Saga s’abstient de poser des questions.
Verner fait un petit geste de la main et tourne à gauche sur la piste cyclable.
À leur approche, des petits lapins se réfugient sous les buissons enneigés. Les bancs publics ne sont plus que de vagues formes arrondies dans le paysage blanc.
Au bout d’un moment, ils montent vers les hauts immeubles sur la rue de Kungsholms strand. Ils s’arrêtent devant une porte, Verner pianote un code, ouvre et guide Saga jusqu’à l’ascenseur.
Dans le miroir couvert de rayures, Saga voit ses cheveux pailletés de flocons de neige, qui fondent rapidement et se transforment en gouttes d’eau brillantes.
L’ascenseur bringuebalant s’arrête et Verner sort une clé munie d’une simple étiquette en plastique, puis ouvre une porte dégradée par de multiples tentatives de cambriolage et lui fait signe d’entrer.
Ils pénètrent dans un appartement totalement vide. Quelqu’un a déménagé il y a peu. Les murs sont constellés de trous laissés par des tableaux et des étagères. Le parquet usé est couvert de moutons de poussière, un petit tournevis est abandonné sur le sol.
La chasse d’eau est actionnée dans les toilettes, puis Carlos Eliasson, directeur de la Rikskrim, en sort. Il s’essuie les mains sur son pantalon avant de saluer Saga et Verner.
— Allons dans la cuisine, dit-il. Je vous offre quelque chose à boire ?
Il ouvre un paquet de gobelets en plastique et fait couler l’eau du robinet, puis il tend les verres à Saga et Verner.
— Tu croyais peut-être qu’on allait déjeuner, dit Carlos en voyant l’expression étonnée de Saga.
— Non, mais…
— Si tu veux, j’ai des pastilles, ajoute-t-il rapidement en sortant une boîte de Läkerol.
Saga secoue la tête, mais Verner accepte l’offre, prend la boîte et en fait tomber quelques pastilles menthe-réglisse qu’il fourre dans sa bouche.
— Quel festin, sourit-il.
— Saga, comme tu dois t’en douter, ceci est une réunion tout à fait informelle, dit Carlos et il se racle la gorge.
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Tu connais Jurek Walter ?
— Non.
— Peu de gens le connaissent… et c’est tant mieux, dit Verner.
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