Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 107 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 104

 

Joona Linna se trouve avec une partie du groupe d’investigation dans une des grandes salles de travail à la Rikskrim. Les murs sont couverts de cartes, de photographies et de sorties imprimante des informations fournies par la population auxquelles on accorde une priorité. Sur une carte détaillée de la forêt de Lill-Jan, les lieux où l’on a découvert des corps sont soigneusement marqués.

Avec un surligneur jaune, Joona suit le tracé du chemin de fer à travers le bois depuis le port, puis il se tourne vers le groupe.

— Par son boulot, Jurek Walter a travaillé sur des aiguillages ferroviaires, soulève-t-il. Il se peut que les victimes aient été enterrées dans la forêt de Lill-Jan parce que la voie ferrée passe ici.

— Comme Angel Ramirez aux États-Unis, dit Benny Rubin avec un sourire inutile.

— Mais bordel, pourquoi est-ce qu’on n’entre pas tout simplement interroger Jurek Walter dans sa cellule ? demande Petter Näslund d’une voix beaucoup trop forte.

— Ça ne fonctionnera pas, répond Joona patiemment.

— Petter, je suppose que tu as lu le rapport d’expertise psychiatrique, dit Magdalena Ronander. Est-ce pertinent d’interroger un homme schizophrène et psychotique qui…

— T’as raison, il n’y a que dix-huit mille kilomètres de voie ferrée en Suède, l’interrompt-il. Il suffit de creuser.

— Sit on my facebook, murmure Benny.

Joona sait que Petter Näslund a raison. Jurek Walter est le seul qui pourra les mener jusqu’à Felicia avant qu’il soit trop tard. Ils remontent la moindre piste de l’ancienne enquête préliminaire, ils examinent soigneusement les informations qui affluent, et pourtant ils n’avancent pas d’un pouce. Saga Bauer est leur seul véritable espoir. Hier, elle a violemment attaqué un autre patient, et c’est Jurek Walter qui en a été jugé responsable. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Ça incitera peut-être Jurek à l’approcher.

 

La nuit tombe et d’épars flocons de neige gelés cinglent le visage de Joona quand il sort de sa voiture et court vers l’entrée de l’hôpital Söder. À l’accueil, il apprend qu’Irma Goodwin travaille aux urgences ce soir. Il l’aperçoit tout de suite par la porte entrouverte d’une salle d’examen. Une femme qui a une plaie ouverte au menton et la lèvre fendue reste sagement assise pendant qu’Irma lui parle.

Dans la salle d’attente, ça sent la laine mouillée et le sol est souillé de neige fondue. Un ouvrier patiente sur un des sièges, le pied entouré d’un sac en plastique embué.

Joona attend qu’Irma Goodwin sorte, puis il l’accompagne dans le couloir.

— C’est la troisième fois en trois de mois que cette femme vient, soupire Irma.

— Il faut la mettre en contact avec la 10 Roks, dit Joona d’un air sérieux.

— Déjà fait. Ça ne sert à rien.

— Ça sert toujours, insiste Joona.

— Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? demande-t-elle en s’arrêtant devant une autre pièce de soins.

— J’ai besoin de connaître l’évolution de la légionellose pour…

— Il va se rétablir, l’interrompt-elle en ouvrant la porte.

— Oui, mais s’il n’avait pas reçu de traitement ?

— Où voulez-vous en venir ? demande-t-elle en croisant son regard gris.

— On cherche la sœur de Mikael. Il est assez vraisemblable qu’elle ait été contaminée en même temps que lui.

— Alors c’est grave.

— Grave comment ?

— Sans traitement… ça dépend évidemment de son état général, mais il est probable qu’elle a déjà une forte fièvre à l’heure qu’il est.

— Et demain ?

— Elle va tousser et elle aura du mal à respirer. C’est difficile d’évaluer exactement, mais je dirais que vers la fin de la semaine, elle risque des lésions cérébrales et… Vous le savez, la légionellose est une maladie mortelle.

 

10 Roks, acronyme pour Riksorganisationen för kvinnojourer och tjejjourer i Sverige, “Fédération

nationale des centres d’accueil pour femmes en détresse en Suède”.

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