Le Marchand de sable
Chapitre 67
Nathan Pollock s’assied à côté de Verner Zandén quand il se connecte à la base de données de la Direction des services judiciaires et tape le code à douze chiffres. Puis ils inscrivent la date de la mise en examen, de la citation à comparaître et du procès. Ils déterminent la qualification pénale, rédigent le rapport de l’expert psychiatrique judiciaire et consignent que le tribunal de première instance d’Uppsala a reconnu l’accusée coupable de deux meurtres particulièrement odieux, avec préméditation.
Pendant ce temps, Carlos inscrit les crimes, le jugement et la sanction pénale de Saga Bauer dans le casier judiciaire du Conseil national de la police.
Verner se connecte au fichier de l’administration de la médecine légale judiciaire, y copie l’expertise du psychiatre judiciaire et enregistre l’examen psychiatrique, puis il sourit dans sa barbe.
— On en est où niveau timing ? demande Saga.
— C’est bon, je crois, répond Verner en regardant sa montre. Dans exactement deux minutes, les cadres de l’administration pénitentiaire s’installeront autour de la table pour une réunion extraordinaire, consulteront le fichier de la Direction des services judiciaires… et décideront de déplacer deux patients vers l’unité sécurisée de psychiatrie médico-légale de Löwenströmska.
— Pourquoi faut-il qu’on soit deux nouveaux patients ? demande Saga.
— Pour que tu sois moins exposée, répond Pollock.
— Jurek Walter se méfiera sans doute si un nouveau patient apparaît après toutes ces années, explique Carlos. Mais s’il arrive d’abord un patient du pavillon fermé de Säter, et un ou deux jours plus tard un autre en provenance de Karsudden, on peut espérer que tu échappes à une analyse approfondie.
— Tu es déplacée parce que tu es dangereuse et portée sur l’évasion, et l’autre patient a lui-même demandé son transfert, précise Pollock.
— On va laisser Saga partir maintenant, décide Verner.
— Demain soir tu dormiras à l’hôpital de Karsudden, dit Pollock.
— Tu dois expliquer à tes proches que tu pars en mission secrète à l’étranger, recommande Verner. Quelqu’un doit s’occuper de tes animaux domestiques, de tes plantes vertes, de tes factures à payer…
— Je gère, le coupe-t-elle.
Joona ramasse la parka qu’elle avait balancée par terre et la lui tient pour qu’elle puisse l’enfiler.
— Tu te souviens des consignes ?
— Parler peu et faire des phrases courtes, être toujours sincère et m’en tenir à la vérité.
— J’en ai une autre. C’est sans doute très variable d’une personne à une autre, mais Samuel disait qu’il faut éviter de parler de ses parents.
Saga hausse les épaules.
— D’accord.
— En réalité, je ne sais pas trop pourquoi il jugeait ce point si important.
— J’ai l’impression qu’il serait sage de suivre les conseils de Samuel, renchérit Verner calmement.
— Oui, sûrement.
Carlos met deux sandwiches dans un sachet qu’il tend à Saga d’un air sérieux.
— Je te rappelle qu’une fois à l’intérieur, tu es une patiente et rien d’autre. Ce qui signifie que tu n’as plus aucune compétence policière.
Saga le regarde fermement :
— Je sais.
— Il est important que tu en sois consciente ici et maintenant pour qu’on puisse te protéger après, souligne Verner.
— Je vais rentrer chez moi me reposer un peu, dit Saga à voix basse avant de se diriger vers le vestibule.
Elle est en train de lacer ses chaussures, assise sur un tabouret, lorsque Joona vient la rejoindre. Il s’accroupit à côté d’elle.
— Il sera bientôt trop tard pour changer d’avis, chuchote-t-il.
Elle soutient son regard en souriant.
— Je tiens à le faire.
— J’en suis convaincu. Ça va bien se passer, à condition que tu n’oublies pas à quel point Jurek est dangereux. Il agit sur les gens, il les transforme, leur arrache l’âme comme…
— Je ne vais pas laisser Jurek entrer dans ma tête, le rassure-t-elle avec aplomb, puis elle se lève et commence à boutonner sa parka.
— Il est comme…
— Je suis une grande fille.
— Je sais.
Joona lui tient la porte et l’accompagne dans la cage d’escalier, hésitant. Elle s’appuie contre le mur.
— Qu’est-ce que tu veux me dire ? demande-t-elle doucement.
Un petit silence s’installe. L’ascenseur est immobilisé sur le palier. Une voiture passe en trombe dans la rue, toutes sirènes hurlantes.
— Jurek va tout faire pour s’évader, dit Joona de sa voix lourde. Tu dois veiller à ce que cela n’arrive pas. Tu es comme une sœur pour moi, Saga, mais sache qu’il vaut mieux que tu meures plutôt que de le laisser s’échapper.
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