Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 160 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 157

 

Lentement, le médecin revient près d’elle, ajuste la dernière sangle par-dessus sa cage thoracique et l’attache. Il reste un moment à la scruter, puis va se placer au pied du lit. Du sang coule de son nez sur ses lèvres. Elle l’entend respirer fort, de brefs halètements d’excitation. Sans se presser, il tend les lanières autour de ses chevilles de sorte que ses cuisses s’écartent davantage. Elle plante ses yeux dans les siens en se disant qu’il ne faut pas le laisser arriver à ses fins.

Il caresse ses mollets avec des mains tremblantes, tout en fixant son entrejambe.

— Ne fais pas ça, essaie-t-elle de dire d’une voix maîtrisée.

— Toi, tu vas juste la fermer, lance-t-il et il enlève sa blouse blanche sans la lâcher du regard.

Saga tourne son visage sur le côté, elle ne veut pas le voir, ne peut pas croire qu’une telle chose soit en train d’arriver.

Elle ferme les yeux et cherche désespérément une issue.

Soudain elle entend un raclement bizarre sous le lit. En ouvrant les yeux, elle aperçoit le reflet d’un mouvement dans l’inox du lavabo.

— Tu ferais mieux de sortir d’ici, dit-elle, la respiration coupée.

Le médecin attrape sa culotte sur le lit et la lui enfonce brutalement dans la bouche. Elle voudrait hurler quand elle comprend à quoi correspond le reflet sur le métal lisse du lavabo.

Jurek Walter.

Il s’est caché dans sa chambre pendant qu’elle fouillait celle de Bernie à la recherche des somnifères.

Saisie de panique, elle lutte pour se libérer.

Elle entend les boutons de la chemise de Jurek frotter contre le sommier lorsqu’il se déplace latéralement.

Un bouton saute et roule par terre. Stupéfait, le médecin le regarde décrire un large cercle sur le sol avant de s’arrêter en tournoyant sur lui-même.

— Jurek, murmure-t-il à la seconde même où une main agrippe sa jambe et le renverse.

Anders Rönn tombe comme une masse, sa nuque heurte le sol et il a le souffle coupé, mais il parvient à se tourner sur le ventre. Il agite les jambes et s’éloigne à quatre pattes.

Fuis, pense Saga. Verrouille la porte, appelle la police.

Jurek s’extirpe de sous le lit, puis se met debout en même temps que le médecin réussit à se relever. Il essaie d’atteindre la porte, mais Jurek le devance.

Saga lutte pour expulser la culotte de sa bouche, elle tousse, prend une grande respiration et sent la nausée l’envahir.

Anders Rönn s’écarte, se cogne à la table en plastique, recule et fixe le patient âgé.

— Ne me faites pas de mal, supplie-t-il.

— Non ?

— Je vous en prie, je ferai tout ce que vous voulez.

Jurek s’approche. Son visage ridé est totalement inexpressif.

— Je vais te tuer, mon garçon. Mais avant, tu vas beaucoup souffrir.

Saga crie, des hurlements assourdis par la culotte dans sa bouche, et elle tire sur les courroies. Sa main gauche lui brûle terriblement après les coups désespérés qu’elle a donnés.

Elle ne comprend pas ce qui s’est passé, pourquoi Jurek s’est caché dans sa chambre, pourquoi il a modifié leur plan.

Le médecin secoue la tête, recule encore et essaie de contrer Jurek avec la main.

Ses yeux sont immenses, écarquillés par la peur.

La sueur coule le long de ses joues.

Jurek le suit lentement, attrape sa main d’un geste rapide et le jette à terre. Il lui brise l’épaule d’un puissant coup de pied. On entend les os craquer et Anders Rönn hurle. Avec une précision militaire, Jurek vrille le bras dans la direction opposée, achevant de le déboîter. Le bras pend désormais, retenu uniquement par les muscles et la peau.

Jurek remet le médecin sur pied, le maintient debout contre le mur et lui flanque quelques gifles pour l’empêcher de perdre connaissance.

L’épanchement de sang assombrit rapidement la peau du bras disloqué.

Saga tousse, elle suffoque.

Anders Rönn pleure comme un enfant épuisé.

Saga parvient à changer légèrement l’angle de son corps, elle tire sur son bras gauche, tellement fort que sa vue se brouille, puis d’un coup sa main est dégagée.

Elle sort la culotte de sa bouche, respire péniblement et tousse encore.

— On ne peut pas encore s’évader ! Il n’y avait pas de somnifères dans la chambre de Bernie, dit Saga très vite à Jurek.

Elle ressent une douleur épouvantable dans la main qu’elle vient de libérer. Elle n’arrive pas à évaluer l’étendue de ses blessures. Ses doigts brûlent comme du feu.

Jurek fouille les vêtements du médecin, trouve la clé de la porte et la glisse dans sa poche.

— Tu veux voir quand je lui coupe la tête ? demande-t-il avec un bref regard à Saga.

— Ne fais pas ça, je t’en prie… Ce n’est pas nécessaire, hein ?

— Rien n’est nécessaire, dit Jurek et il saisit le médecin à la gorge.

— Attends.

— Très bien, je vais attendre… deux minutes, pour toi, petite fliquette.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— La seule erreur que tu as commise, c’est quand tu n’as cassé qu’un petit doigt à Bernie, dit Jurek pendant qu’il s’empare de la carte d’accès d’Anders Rönn.

— Je voulais le tuer lentement, tente-t-elle, tout en sachant que c’est inutile.

Jurek gifle le médecin encore une fois.

— Il me faut les deux codes, dit-il.

— Les codes, murmure le médecin. Je ne m’en souviens pas, je…

Saga essaie de détacher les autres sangles, mais les doigts de sa main gauche sont tellement endommagés qu’elle en est incapable.

— Comment tu as su ? demande Saga.

— J’ai réussi à faire sortir une lettre.

— Non, gémit le médecin.

— Si Mikael Kohler-Frost s’évadait et était retrouvé vivant… je me doutais que la police enverrait quelqu’un ici.

Jurek trouve le téléphone du médecin, le jette par terre et le brise sous son talon.

— Mais pourquoi…

— Je n’ai pas le temps, l’interrompt-il. Il faut que j’aille détruire Joona Linna.

Jurek Walter sort de la chambre en traînant le médecin avec lui. Saga entend leurs pas dans le couloir. Elle entend le passage de la carte dans le lecteur, le pianotage du code et le bourdonnement de la serrure.

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