Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 100 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 97

 

Au matin, Saga Bauer est réveillée par le plafonnier qui s’allume. Sa tête est très lourde, elle a du mal à focaliser son regard. Elle reste allongée sous la couverture et tâte du bout des doigts la ceinture de son pantalon pour s’assurer que le micro est toujours là.

La femme avec des piercings aux joues se tient devant la porte et lui dit que c’est l’heure du petit-déjeuner.

Saga se lève, attrape l’étroit plateau qu’on lui tend par le vasistas, puis s’assied sur le lit. Lentement, elle se force à manger les tartines de pain complet, tout en pensant que la situation est en train de devenir insoutenable.

Elle ne tiendra pas beaucoup plus longtemps.

Avec précaution, elle touche le mouchard. Elle pourrait demander d’interrompre la mission.

Elle se lève sur des jambes raides et va au lavabo se laver les dents et se rincer le visage à l’eau glacée.

Non, se dit-elle, je ne peux pas abandonner Felicia.

Après le repas du midi, Saga reste assise sur le lit à fixer la porte donnant sur la salle de détente jusqu’à ce que la serrure commence à bourdonner. Elle entend un petit clic et la porte est déverrouillée. Elle compte jusqu’à cinq, se lève, va boire de l’eau directement au robinet pour ne pas paraître trop pressée. D’un geste las, elle s’essuie la bouche avec le dos de la main, puis entre dans la salle de détente.

Elle est la première arrivée, mais la télé derrière la plaque de verre trempé est allumée comme si elle n’avait jamais été éteinte. Des hurlements de colère jaillissent de la chambre de Bernie Larsson. On dirait qu’il essaie de casser la table. Le plateau-repas vole. Il crie et frappe le mur avec la chaise en plastique.

Saga monte sur le tapis de course, fait quelque pas, arrête l’appareil, s’assied sur le bord près du palmier, enlève une chaussure et fait semblant d’avoir un problème avec la semelle intérieure. Elle doit se dépêcher, sans faire de mouvements trop rapide.

— Sales putes, hurle Bernie.

Faisant écran à la caméra avec son corps, elle retire le mouchard de sa ceinture de ses mains tremblantes. Le petit objet glisse entre ses doigts raides. Elle le rattrape contre sa cuisse et le tourne dans le bon sens au creux de sa main. Bernie est en route. Ses pas lourds font trembler le sol. Elle se penche et colle le mouchard sous la feuille qu’elle avait repérée. Elle le tient fixement un petit instant, attend quelques secondes supplémentaires puis le relâche.

Bernie ouvre la porte à la volée et pénètre dans la salle de détente. La feuille de palmier bouge encore après son contact, mais le microphone est enfin en place.

— Obrahiim, chuchote-t-il, puis il s’arrête net en l’apercevant.

Saga reste assise, tire sur sa chaussette, lisse quelques faux plis et remet sa chaussure. Elle se relève, rallume le tapis roulant et commence à marcher.

— Font chier, dit-il en toussant.

Elle évite soigneusement de regarder le palmier. Ses jambes tremblent et son cœur bat beaucoup plus fort que d’habitude.

— Ils m’ont piqué mes images, râle Bernie et il se laisse tomber dans le canapé, le souffle court. Je les hais, ces salauds de…

Saga sent son corps étrangement fatigué, la sueur inonde son dos et le sang bat dans ses tempes. Ça doit être les effets secondaires des médicaments. Elle réduit la vitesse du tapis, mais a quand même du mal à suivre la cadence.

Bernie est assis dans le canapé, ses yeux sont fermés et sa jambe trépide en un tic nerveux.

— Putain de merde ! s’écrie-t-il soudain.

Il se lève, titube, s’approche du tapis de course et s’arrête droit devant Saga.

— J’étais le meilleur de ma classe, crache-t-il, et sa salive éclabousse le visage de Saga. Mon institutrice me faisait manger du raisin sec à la récré.

— Bernie Larsson, garde tes distances, fait une voix dans le haut-parleur.

Il chancelle et s’appuie contre le mur, tousse et fait un pas en arrière, droit dans le palmier, où le micro-espion est suspendu à l’une des feuilles basses.

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