Le Marchand de sable
Chapitre 147
Cela fait maintenant près de vingt-quatre heures que Joona Linna a été embarqué chez Nikita Karpin par les hommes du FSB, le nouveau service de renseignement russe. Ils n’ont répondu à aucune de ses questions et ne lui ont pas expliqué pourquoi ils lui ont confisqué son passeport, son portefeuille et son téléphone portable.
Après avoir passé des heures dans une taverne, ils l’ont conduit dans un immeuble de béton brut, lui ont fait longer la galerie extérieure jusqu’à un petit appartement de deux pièces.
Il a été enfermé dans la pièce du fond, meublée d’une table, de deux chaises et d’un fauteuil défraîchi et pourvue de toilettes dans un petit réduit. La porte en acier a été verrouillée derrière lui et il ne s’est plus rien passé pendant des heures, jusqu’à ce qu’on lui apporte un sac en papier chaud contenant un repas spongieux de chez McDonald’s.
Joona a un besoin urgent d’entrer en contact avec ses collègues, de demander à Anja de faire des recherches sur Vadim Levanov, et sur Igor et Roman, ses fils jumeaux. Ces nouveaux noms sont susceptibles de mener à de nouvelles adresses, peut-être sera-t-il possible de retrouver la carrière où le père a travaillé.
Mais la porte en acier est restée fermée, les heures se sont écoulées. Il a entendu les hommes parler au téléphone à plusieurs reprises, puis le silence est retombé.
Joona s’efforce tant bien que mal de dormir dans le fauteuil, mais au petit matin, des pas et des voix dans la pièce voisine le tirent de son sommeil agité.
Il allume la lampe et attend qu’ils entrent.
Quelqu’un tousse et parle d’une voix irritée. Soudain la porte s’ouvre et les deux hommes de la veille réapparaissent dans la pièce. Tous deux portent un pistolet dans un étui d’épaule et échangent de vifs propos en russe.
L’homme aux cheveux blanc argenté avance une des chaises au milieu de la pièce.
— Assieds-toi là, dit-il dans un anglais correct.
Joona se lève du fauteuil, note que l’homme s’écarte de son chemin lorsque, sans se presser, il va s’asseoir sur la chaise.
— Tu n’es pas venu ici en mission officielle, dit l’homme à la nuque de taureau et aux yeux noirs. Tu vas nous dire quel était le but de ta visite à Nikita Karpin.
— Nous avons parlé du tueur en série Alexandre Pitchouchkine, répond Joona d’une voix atone.
— Et quelles ont été vos conclusions ?
— Sa première victime était le garçon destiné à devenir son complice. C’est de lui que nous avons parlé… Mikhaïl Odiytchouk.
L’homme aux cheveux argentés incline la tête sur le côté, opine deux, trois fois, puis dit d’une voix aimable :
— Tu mens, bien entendu.
L’homme à la nuque de taureau s’est détourné pour dégainer son pistolet. Il le dissimule avec son corps pendant qu’il engage une cartouche dans la chambre. Joona n’arrive pas à en distinguer la marque, peut-être un Glock de gros calibre.
— Que t’a dit Nikita Karpin ? poursuit l’homme aux cheveux argentés.
— Il pense que le rôle du complice était…
— Ne mens pas ! rugit l’autre et il se redresse tout en dissimulant le pistolet dans son dos.
— Nikita Karpin n’a plus aucune fonction, il ne fait plus partie des services secrets.
— Tu le savais – n’est-ce pas ? demande l’homme aux yeux noirs.
Joona serait peut-être capable de maîtriser les deux hommes, mais sans passeport et sans argent il ne pourra pas quitter le pays.
Les agents échangent quelques mots en russe.
L’homme aux cheveux blancs en brosse respire profondément avant de dire en appuyant sur les mots :
— Vous avez parlé de sujets classés secret d’État et avant de pouvoir te ramener à l’aéroport, nous avons besoin de savoir exactement quelles informations il t’a fournies.
Ils restent debout dans la pièce un long moment, sans bouger. L’homme aux cheveux blancs regarde son téléphone, s’adresse à l’autre en russe et obtient en réponse un mouvement négatif de la tête.
— Maintenant tu nous racontes, dit-il en glissant le téléphone dans sa poche.
— Je vais te tirer une balle dans chaque genou, dit l’autre.
— Tu te rends donc à Lioubimovka, tu rencontres Nikita Karpin et…
L’homme aux cheveux blanc s’interrompt quand le téléphone bourdonne dans sa poche. Il répond, l’air anxieux, échange quelques mots avec son interlocuteur, puis parle à son collègue. Leur discussion se fait rapidement de plus en plus animée.
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