Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 63 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 60

 

 

Saga prend le métro jusqu’à la station Slussen et fait à pied le court trajet pour rejoindre le studio de Stefan. Sur la place Södermalmstorg, elle achète un bouquet de roses rouges en se disant que Stefan lui a peut-être aussi acheté des fleurs.

Elle est soulagée d’avoir dit non à la difficile mission d’infiltrer l’unité de psychiatrie médico-légale.

Elle grimpe l’escalier à grandes enjambées, déverrouille la porte, entend la musique et sourit pour elle-même. Elle pénètre dans l’appartement, voit Stefan au piano et s’arrête. Sa chemise bleue est déboutonnée. Il a une canette de bière à côté de lui et la pièce sent la fumée de cigarette.

— Chéri, finit-elle par dire. Je suis désolée… Je veux que tu le saches, je suis vraiment désolée pour hier soir…

Il continue à jouer, une musique douce, chatoyante.

— Pardonne-moi, dit-elle, d’un ton grave.

Stefan a le visage détourné, mais ses mots lui parviennent quand même :

— Je ne veux pas te parler, là, maintenant.

Saga lui tend le bouquet et s’efforce de sourire.

— Pardon, répète-t-elle. Je sais que j’ai été vraiment chiante, mais je…

— Je suis en train de jouer.

— Mais il faut qu’on parle de ce qui s’est passé.

— Va-t’en, dit-il d’une voix distincte.

— Pardon d’avoir…

— Et referme cette putain de porte derrière toi.

Il se lève et pointe son doigt sur la porte d’entrée. Saga lâche le bouquet de fleurs, s’avance vers lui et lui donne un petit coup dans la poitrine, suffisamment fort pour qu’il trébuche, renverse le tabouret de piano et envoie valdinguer les partitions. Elle se tient prête à frapper s’il l’attaque à son tour, mais Stefan reste les bras ballants et la regarde.

— Ça ne fonctionne pas, nous deux.

— Je suis un peu déstabilisée ces temps-ci, explique-t-elle.

Il relève le tabouret et ramasse les partitions. Saga sent la peur monter en elle et fait un pas en arrière.

— Je ne veux pas que tu sois triste, dit-il d’une voix inexpressive qui transforme la peur de Saga en panique.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle en réprimant un haut-le-cœur.

— Ça ne marche pas, on ne peut pas rester ensemble, on…

Il se tait et elle essaie de sourire, de faire fonctionner son cerveau, mais son front se couvre de sueur froide et elle est prise de vertige.

— Parce que j’ai été chiante hier soir ? réussit-elle à articuler.

Stefan croise timidement son regard.

— Tu es la femme la plus belle que j’ai jamais rencontrée, la plus belle au monde… et tu es futée et drôle et je devrais être l’homme le plus heureux. Je vais sans doute regretter cette décision toute ma vie, mais je crois que je suis obligé de rompre notre relation.

— Je ne comprends pas, chuchote-t-elle. Juste parce que je me suis emportée… parce que je t’ai dérangé quand tu jouais ?

— Non, c’est…

Il se rassoit et secoue la tête.

— Je peux changer, dit-elle et elle le fixe un instant avant de poursuivre. Mais c’est déjà trop tard, hein ?

Le voyant acquiescer de la tête, elle se retourne et quitte la pièce. Dans le vestibule, elle prend le vieux tabouret de Dalécarlie et le lance contre le miroir. Le verre tombe par plaques entières qui se brisent sur le carrelage. Elle pousse la porte de l’épaule, dévale les marches et sort en courant dans la vive lumière bleue de l’hiver.

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