Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 46 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 43

 

La respiration de Mikael se fait plus rapide, il agite la tête, chuchote quelque chose, ouvre les paupières et fixe Joona droit en face d’un regard affolé.

— Il faut que tu m’aides, je peux pas rester ici. J’en peux plus, j’en peux plus, ma sœur m’attend, je la sens tout le temps, je sens…

Reidar s’avance rapidement, prend sa main et la tient contre sa joue.

— Mikael, je sais, dit-il à mi-voix en avalant sa salive.

— Papa…

— Je sais, Mikael, je pense à elle sans arrêt.

— Papa, crie Mikael d’une voix stridente. J’en peux plus, j’ai plus la force, je…

— Calme-toi, calme-toi.

— Elle vit, Felicia est en vie, crie-t-il. Je peux pas rester ici, je dois…

Il est pris d’un accès de toux. Reidar tient sa tête et essaie de le soulager. Il murmure des paroles douces pour rassurer son fils, dont le regard brûle d’une panique sans fond.

Mikael retombe sur l’oreiller en soufflant, les larmes coulent sur ses joues et il marmonne des mots inaudibles.

— Qu’est-ce que tu as dit au sujet de Felicia ? demande Reidar calmement.

— Je veux pas…, souffle Mikael. Je peux pas rester ici…

— Mikael, l’interrompt Reidar. Il faut que tu sois plus clair.

— Je supporte pas de…

— Tu viens de dire que Felicia est en vie. Pourquoi as-tu dit cela ?

— Je l’ai laissée, je l’ai abandonnée, pleure Mikael. J’ai couru et je l’ai abandonnée.

— Felicia est toujours en vie ? demande Reidar pour la troisième fois.

— Oui, papa, murmure Mikael, les joues inondées de larmes.

— Dieu du ciel ! chuchote son père et il passe une main tremblante sur son crâne. Dieu du ciel !

Mikael a une violente quinte de toux, du sang afflue dans la tubulure, il inspire profondément, tousse encore puis se met à haleter.

— On est restés ensemble tout le temps, papa. Dans l’obscurité, par terre… mais je suis parti, je l’ai laissée là.

Il se tait comme si toutes ses forces l’avaient quitté. Son regard se trouble, il est épuisé.

Reidar ne ressent plus le besoin d’afficher une façade, son visage s’effondre.

— Il faut que tu nous dises…

La voix brisée, il respire profondément et répète :

— Mikael, tu dois comprendre qu’il faut me dire où elle se trouve pour que je puisse la chercher…

— Elle est restée… Felicia est restée, dit Mikael faiblement. Elle est restée. Je la sens, elle a peur…

— Mikael, supplie Reidar.

— Elle a peur parce qu’elle est seule… Elle supporte pas ça, elle se réveille toujours en pleurs la nuit avant de comprendre que je suis là avec elle…

Reidar sent une contraction intense dans sa poitrine. De grosses auréoles de transpiration se forment sur sa chemise aux creux des aisselles.

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