Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 102 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 99

 

Le système de ventilation de l’ordinateur ronronne quand Anders ouvre une session. Sur l’horloge exhibant le visage fatigué de Bart Simpson en arrière-fond, l’aiguille des secondes avance par à-coups. Anders se rappelle qu’aujourd’hui il a son cours sur la méthode socratique au Centre de ressource pour l’autisme et qu’il doit partir un peu plus tôt.

Sur un post-it à côté du clavier, il est noté qu’on est en semaine spéciale tri sélectif. Il ignore totalement de quoi il s’agit.

Quand l’application qui gère les dossiers du service sécurisé s’ouvre, il tape son identifiant et son mot de passe.

Il consulte les documents, puis entre le numéro de sécurité sociale de Saga Bauer pour valider son traitement.

Vingt-cinq milligrammes de Haldol Decanoas, note-t-il. Deux injections intramusculaires dans le quadrant supéro-externe du grand fessier.

J’ai pris la bonne décision, pense-t-il et il la revoit se retourner lentement par terre, les seins dénudés.

Les mamelons clairs étaient dressés, un rictus apeuré déformait sa bouche.

Si ça ne suffit pas, il pourra tenter du Clopixol, bien que les effets secondaires soient parfois sévères : symptômes extrapyramidaux, associés aux troubles de la vision, de l’équilibre et de la libido.

Anders ferme les yeux et se revoit baisser la culotte de la patiente dans sa chambre.

Plusieurs fois, elle avait dit : “Je ne veux pas.”

Mais rien ne l’obligeait à l’écouter. Il avait fait ce qu’il avait à faire. Pia Madsen avait surveillé la mesure coercitive.

Il lui avait fait deux injections dans la fesse tout en fixant son entrejambe, les poils pubiens blonds et la fente rose et fermée.

Anders se dirige vers le centre de vidéosurveillance. My est déjà installée au poste d’opérateur. Ses yeux amicaux se tournent vers lui quand il entre.

— Ils sont dans la salle de détente, dit-elle.

Anders se penche et observe l’écran. Jurek Walter marche sur le tapis roulant d’un pas régulier et monotone. Saga est debout, elle regarde la télé. Elle ne paraît pas spécialement affectée par le nouveau traitement. Bernie s’approche, lui dit quelque chose et se place derrière elle.

— Qu’est-ce qu’il fait, Bernie ? demande Anders sur un ton léger.

— Il me paraît agité, répond My en plissant le front.

— J’avais l’intention d’augmenter sa dose hier, j’aurais peut-être dû…

— Il semble complètement obsédé par la nouvelle patiente, il n’arrête pas de lui parler.

— Merde alors, dit Anders, stressé.

— Leffe et moi, on est prêts à intervenir, précise My pour le rassurer.

— Mais vous ne devriez pas avoir à le faire. Ça voudrait dire que le traitement n’est pas adapté. Je vais augmenter sa dose bimensuelle ce soir, passer de deux cents à quatre cents milligrammes.

Anders se tait et regarde Bernie Larsson tourner autour de Saga Bauer devant la télé.

Les huit autres fenêtres du grand écran affichent des pièces diverses, des portes de sécurité, les couloirs et les chambres de patients où rien ne bouge. Sur une des fenêtres, on voit Sven Hoffman devant le sas de la salle de détente, un gobelet de café à la main. Les jambes écartées, il discute avec deux des gardes.

— Putain ! s’écrie subitement My et elle déclenche l’alarme anti-agression.

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