Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 137 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 134

 

Le cœur de Saga cogne dans sa poitrine. Elle ne parvient pas à rassembler ses idées quand elle descend du tapis roulant. Ce n’est pas à elle de protéger les patients. Elle ne doit surtout pas sortir de son rôle de patiente schizoïde.

— Je lui brise les jambes au niveau des genoux, tente-t-elle. Je lui casse les bras et les doigts et…

— Il vaut mieux qu’il meure, c’est tout, tranche Jurek.

— Viens par là, ordonne-t-elle rapidement à Bernie. On est à l’abri de la caméra ici.

— Blanche-Neige, putain, sanglote Bernie en se relevant, puis il s’approche d’elle.

Elle attrape son poignet, le tire plus près d’elle et lui casse le petit doigt. Il hurle et tombe à genoux, tenant la main serrée contre son ventre.

— Le suivant, dit-elle.

— Vous êtes cinglés, pleure Bernie. Je vais appeler à l’aide… mes esclaves squelettes vont arriver…

— Tais-toi, dit Jurek.

Il s’approche du tapis roulant, débranche la prise de l’appareil, arrache le fil électrique de la plinthe d’un coup si brusque que des fragments de béton du mur s’éparpillent au sol.

— Le doigt suivant, essaie Saga.

— Tiens-toi à l’écart maintenant, lui dit Jurek et son regard la cloue sur place.

Elle reste immobile, une main sur le mur, quand Bernie suit Jurek.

Elle voit Jurek attacher le fil à la poignée côté salle de détente, puis le lancer par-dessus la porte.

Elle voudrait hurler devant l’absurdité de la situation.

Bernie lui jette un regard suppliant avant de monter sur la chaise en plastique et de passer la tête dans le nœud coulant.

Il essaie de parler à Jurek, sourit et répète quelque chose.

Saga est comme pétrifiée, mais se dit que le personnel ne va pas tarder à arriver. Pourtant, aucun surveillant n’intervient. Jurek a passé tant d’années dans le service qu’il connaît leurs habitudes par cœur. Il sait probablement que c’est pile le moment de leur pause-café, ou bien de la relève.

Elle se déplace lentement en direction de sa chambre. Elle ne sait pas quoi faire, ne comprend pas pourquoi personne ne vient.

Jurek dit quelque chose à Bernie, attend un instant, répète ses paroles, mais Bernie secoue la tête et les larmes lui montent aux yeux.

Saga continue de reculer, le cœur cognant contre sa poitrine. Une sensation d’irréalité se répand dans tout son corps.

Jurek donne un coup de pied dans la chaise, puis retourne dans la salle de détente et file dans sa chambre.

Bernie agite les jambes à seulement trente centimètres du sol, il essaie de s’agripper au fil électrique, mais n’en a pas la force.

Saga entre dans sa chambre, avance vers la porte donnant sur le couloir et y donne un coup de pied de toutes ses forces. Un bruit assourdi se répand dans le métal. Elle recule et donne un nouveau coup de pied, recule et recommence, sans s’arrêter. La robuste porte vibre légèrement, les lourds chocs répétés se propagent dans les murs de béton. Elle continue inlassablement à donner des coups de pied, encore et encore, et finit par entendre des voix alarmées dans le couloir, des pas rapides et le bruissement des serrures électriques.

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