Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 15 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 12

 

Le train de marchandises fonce à toute allure dans un paysage d’hiver nocturne. La locomotive tracte derrière elle une rame de près de trois cents mètres de long.

La cabine est occupée par le conducteur Erik Johnsson. Sa main repose sur le pupitre de conduite. Le vacarme de la machine et des rails est régulier et monotone.

La neige semble tourbillonner dans un tunnel de lumière, illusion créée par les deux phares de la locomotive. Partout ailleurs l’obscurité est totale.

Lorsque le train sort de la grande courbe autour de Vårsta, Erik Johnsson accélère de nouveau.

Avec ces bourrasques de neige, il sera obligé de s’arrêter au plus tard à Hallsberg pour effectuer une vérification des freins.

Au loin, dans la brume blanche, deux chevreuils sautent en bas du remblai et filent dans un champ. Ils se déplacent dans la neige avec une souplesse magique avant de disparaître dans la nuit.

À l’approche du long pont d’Igelsta, Erik pense à Sissela, qui autrefois l’accompagnait souvent dans la cabine. Ils s’embrassaient dans chaque tunnel et sur chaque pont. Aujourd’hui, elle refuse de louper le moindre cours de yoga.

Il décélère en douceur, dépasse Hall et s’engage sur le pont. C’est comme de voler. La neige virevolte dans la lumière des phares et élimine presque la notion de haut et de bas.

La locomotive se trouve déjà au-dessus de la glace du bassin de Hall, au milieu du pont, lorsque Erik Johnsson aperçoit une ombre vacillante dans la brume. Il y a un piéton sur les rails. Il klaxonne comme un fou et voit la personne faire un grand pas vers la droite sur la voie parallèle.

Le train approche à très grande vitesse. Pendant une demi-seconde, les phares éclairent l’individu. Un homme jeune au visage éteint. Ses vêtements volent autour de son corps mince, puis il disparaît.

Erik a actionné les freins sans même réfléchir, il réalise après coup que tout le convoi ralentit. Il entend un fracas de friction métallique et ne sait pas s’il a touché le jeune homme ou non.

Il tremble, sent monter l’adrénaline et appelle SOS Alarm.

— Je suis conducteur de train, je viens de voir un homme sur le pont d’Igelsta… Il se tenait au milieu de la voie, mais je ne pense pas l’avoir heurté…

— Est-ce qu’il y a des blessés ? demande l’opérateur.

— Je ne pense pas l’avoir touché, je ne l’ai vu que pendant quelques secondes.

— Où était-il exactement ?

— Au milieu du pont d’Igelsta.

— Sur la voie ferrée ?

— Il n’y a que ça ici, c’est un pont ferroviaire.

— Il se tenait immobile ou bien il marchait ? Dans quelle direction ?

— Je ne sais pas.

— Mon collègue avertit la police et les secours à Södertälje. Il faut stopper la circulation des trains sur le pont.

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