Le Marchand de sable
Chapitre 140
Mikael regarde la télé dans sa chambre en compagnie de Berzelius. Reidar descend l’escalier et voit à travers l’alignement de fenêtres la neige posée telle une lueur grise sur les champs. Aujourd’hui, le soleil ne s’est pas levé, il fait sombre depuis le matin.
Les bûches de bouleau brûlent dans la cheminée et le courrier est posé sur la table de la bibliothèque. Les enceintes diffusent les dernières sonates pour piano de Beethoven.
Reidar s’assied et parcourt rapidement le tas de lettres. Son traducteur japonais a besoin de connaître le métier et l’âge exacts des différents personnages de ses livres pour l’adaptation cinématographique en manga et un producteur d’une chaîne de télévision américaine voudrait discuter d’un nouveau projet. Au fond de la pile, une enveloppe ordinaire, sans indication d’expéditeur. On dirait que c’est un enfant qui a écrit l’adresse de Reidar.
Il ne sait pas pourquoi son cœur se met à battre plus fort avant même de la décacheter et de lire le mot qu’elle contient :
Felicia dort en ce moment. Je suis arrivée ici au 1B, Kvastmakarbacken il y a un an. Felicia est là depuis bien plus longtemps. J’en ai assez de la nourrir et de lui donner à boire. Tu peux la reprendre si tu veux.
Reidar se lève et appelle Joona, mais tombe directement sur la messagerie. Il se dirige vers le vestibule, prend les clés de la voiture dans le vide-poche sur la table, s’assure que le vaporisateur de trinitrine est bien dans sa poche, puis se précipite dehors. Il a conscience qu’il peut encore une fois s’agir d’un manipulateur, mais il doit y aller, tout de suite
Pendant qu’il roule en direction de Stockholm, il tente de nouveau d’appeler Joona, en vain, puis réussit à joindre sa collègue, Magdalena Ronander.
— Je sais où se trouve Felicia ! hurle-t-il. Elle est à Södermalm, dans un appartement à Kvastmakarbacken.
— Reidar, c’est vous ?
— Pourquoi c’est toujours la croix et la bannière pour joindre quelqu’un, merde à la fin ?! rugit-il.
— Vous savez où se trouve Felicia ?
— À Kvastmakarbacken, au numéro 1B, dit-il dans une tentative de paraître précis et maître de lui. J’ai reçu une lettre ce matin.
— On aimerait bien y jeter un œil et…
— Il faut que je parle à Joona, l’interrompt Reidar.
Le téléphone lui échappe des mains, dégringole à côté du siège. Il pousse un juron et frappe le volant d’un geste d’impatience tout en doublant un poids lourd gris. Le pare-brise se couvre de neige sale et l’appel d’air fait tanguer la voiture.
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