Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 114 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 111

 

 

Les trois policiers pénètrent dans le vestibule et sont immédiatement pris à la gorge par la forte puanteur de vieilles poubelles. Tout est silencieux dans la maison et il fait aussi froid qu’à l’extérieur.

— Il y a quelqu’un ?

Les seuls bruits qu’ils perçoivent sont ceux de leurs propres mouvements. La lumière des maisons voisines n’arrive pas jusque-là. Joona avance la main vers l’interrupteur pour allumer le plafonnier, mais il ne fonctionne pas.

Derrière lui, Marie sort sa lampe torche. Le cône de lumière erre nerveusement dans différentes directions. Ils s’engagent plus en avant et Joona voit son ombre se dresser et glisser sur les stores baissés.

— C’est la police, crie-t-il de nouveau. On veut seulement vous parler.

Ils arrivent dans la cuisine et voient une multitude de paquets vides de céréales, de macaronis, de farine et de sucre sous la table.

— Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? chuchote Eliot.

Le réfrigérateur et le congélateur sont vides et éteints, toutes les chaises de la cuisine ont disparu et des plantes vertes fanées décorent les rebords des fenêtres devant les rideaux fermés.

Il n’y a que de l’extérieur qu’on pourrait croire que la famille est partie en voyage.

Ils entrent dans un salon télé doté d’un canapé d’angle. Joona enjambe les coussins qui traînent par terre.

Marie chuchote quelque chose qu’il ne saisit pas.

Les épais rideaux qui recouvrent les fenêtres pendent jusqu’au sol.

Par la porte donnant sur le couloir, ils aperçoivent un escalier qui mène au sous-sol.

Ils s’arrêtent net. Un chien mort est étendu par terre devant le meuble télé, un sac en plastique scotché autour de la tête.

Tous sens en éveil, Joona poursuit vers le couloir et l’escalier. Il entend les mouvements prudents de ses collègues derrière lui.

La respiration de Marie s’est faite plus rapide.

La lueur de la lampe de poche tremble.

Joona se déplace sur le côté de façon à pouvoir fouiller du regard le couloir plongé dans l’obscurité. Plus loin, une porte est entrouverte, sans doute celle de la salle de bains.

Il fait signe aux autres de s’arrêter, mais Marie est déjà à côté de lui et dirige la lumière vers l’escalier. Elle fait un pas en avant pour mieux voir le couloir.

— C’est quoi, ça ? chuchote-t-elle sans parvenir à maîtriser la nervosité de sa voix.

Quelque chose traîne devant la salle de bains. Marie éclaire l’objet et ils découvrent une poupée aux longs cheveux blonds.

La lumière vibre sur le visage lisse en plastique.

Tout à coup, la poupée est tirée derrière la porte.

Marie sourit et fait un grand pas en avant à l’instant même où une détonation retentit, si puissante qu’elle résonne dans le creux du ventre de Joona.

La lueur de la décharge illumine le couloir comme un éclair.

On dirait que quelqu’un pousse violemment Marie dans le dos au moment où une partie de la gerbe de plombs traverse son cou.

Sa tête se renverse en arrière et le sang gicle du trou dans sa gorge.

La torche électrique heurte le sol.

Marie est déjà morte quand elle fait un dernier pas, la tête ballante. Elle s’effondre au sol, une jambe pliée sous son bassin qui forme un angle anormal.

Joona a dégainé son pistolet, enlevé le cran de sûreté et s’est retourné. Le couloir vers l’escalier est vide. Le tireur a forcément disparu dans la cave.

Le sang jaillit en bouillonnant du cou de Marie, il fume dans l’air frais.

La lampe de poche roule lentement sur le sol.

— Oh mon Dieu, mon Dieu, chuchote Eliot.

La détonation a fait siffler leurs oreilles.

Une enfant arrive en courant, la poupée dans ses bras, elle dérape dans la flaque de sang, tombe sur le dos et glisse dans l’obscurité. Ses pieds rebondissent bruyamment sur les marches quand elle disparaît en bas de l’escalier.

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