Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 30 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 27

 

 

Le soleil se déversait par les fenêtres en verre soufflé du palais Wrangelska où loge la cour d’appel. L’avocat de Jurek Walter précisa que son client était durement éprouvé par le procès. Son état psychique ne lui permettait pas d’expliquer les raisons de sa présence sur les lieux du crime au moment de sa capture.

Joona était appelé à témoigner et il décrivit tout le travail d’investigation qui avait mené à l’arrestation. L’avocat de la défense lui demanda s’il pensait possible que l’exposé des faits présenté par le procureur soit fondé sur une supposition erronée.

— Mon client a-t-il pu être condamné par le tribunal de première instance pour un acte commis par quelqu’un d’autre ?

Joona croisa le regard angoissé de l’homme de loi et revit mentalement la scène où, sans pour autant se montrer agressif, Jurek Walter repoussait la femme dans le cercueil chaque fois qu’elle tentait d’en sortir.

— Je vous le demande puisque vous y étiez, poursuivit l’avocat. Peut-on imaginer qu’en réalité Jurek Walter essayait de sauver la femme dans la tombe ?

— Non, répondit Joona.

Après deux heures de délibérations, le président de la cour d’appel déclara que le jugement du tribunal de première instance était maintenu. Pas un muscle ne bougea sur le visage de Jurek Walter pendant la lecture de la peine renforcée. Il était condamné à des soins psychiatriques sous contrainte. Le jugement était assorti de clauses particulières stipulant que seul un tribunal administratif était habilité à décider d’une éventuelle sortie. Eu égard à son implication immédiate dans plusieurs enquêtes préliminaires en cours, des restrictions particulièrement sévères lui furent également appliquées.

Quand le président de la cour d’appel eut terminé le prononcé de la sentence, Jurek Walter se tourna vers Joona. Son visage était sillonné de fines rides et ses yeux clairs vinrent croiser les siens.

— Bientôt les deux fils de Samuel Mendel vont disparaître, dit Jurek d’une voix mesurée. Et Rebecka, la femme de Samuel, va disparaître. Mais… Non, écoutez-moi, Joona Linna. La police va enquêter et quand elle abandonnera, Samuel va poursuivre les recherches, mais il finira par comprendre qu’il ne reverra jamais sa famille et il se donnera la mort.

Joona se leva pour quitter la salle d’audience.

— Et votre fille, la petite Lumi, poursuivit Jurek Walter en examinant ses ongles.

— Faites bien attention à ce que vous dites !

— Lumi va disparaître, chuchota Jurek. Et Summa va disparaître. Et quand tu auras compris que tu ne les retrouveras jamais… tu te pendras.

Il leva la tête et regarda de nouveau Joona droit dans les yeux. Son visage reflétait un grand calme, comme si son règne était déjà instauré.

En règle générale, le condamné était ramené en maison d’arrêt dans l’attente de son transfert vers un établissement pénitentiaire ou une institution psychiatrique. Le personnel de la maison d’arrêt de Kronoberg était cependant si impatient d’être débarrassé de Jurek Walter qu’un transport fut mis en place directement du palais Wrangelska vers une unité sécurisée de psychiatrie médico-légale à vingt kilomètres au nord de Stockholm.

 

Jurek Walter devait être maintenu en isolement total dans l’unité la mieux surveillée de Suède, pour un temps indéfini. Samuel Mendel considéra les menaces de Jurek comme des paroles en l’air prononcées par un homme vaincu, alors que Joona était persuadé que l’avertissement avait été proféré comme une vérité, un fait établi.

On ne retrouva pas d’autres corps et l’enquête préliminaire fut bientôt jugée non prioritaire.

Même si elle n’était pas formellement classée, elle s’éteignait d’elle-même à petit feu.

Joona refusa d’abandonner, mais les morceaux du puzzle étaient trop peu nombreux et toutes les pistes donnaient sur des impasses. Bien que Jurek Walter soit arrêté et condamné, ils n’en savaient pas plus sur lui.

L’homme demeurait une énigme.

 

Un vendredi après-midi, deux mois après le procès, Joona prenait un double expresso avec Samuel à l’Il Caffè, près de l’hôtel de police. Ils menaient d’autres enquêtes désormais, mais se rencontraient régulièrement pour discuter du cas Jurek Walter. Ils avaient examiné les pièces du dossier d’innombrables fois, sans trouver quoi que ce soit qui confirmerait l’existence d’un complice. Leur acharnement prit bientôt les allures d’une sorte de jeu, consistant à soupçonner et désigner coupable n’importe quel quidam innocent, lorsque l’horreur frappa.

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