Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 98 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 97

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97

 

C’était Phil, le fantôme de chez Bennett ! La nouvelle l’avait frappée comme une gifle. Le premier moment de surprise passé, Ann avait senti une vague de colère monter en elle à l’idée de ce qu’il avait fait et de la frayeur qu’il lui avait causée.

Depuis, elle avait évacué sa rancœur. Après tout, Phil n’était rien pour elle et Steven avait assuré qu’il ne recommencerait plus. Ann était soulagée qu’il ait capturé le fantôme, cela prouvait qu’elle n’avait pas été victime d’hallucinations.

Un détail la chiffonnait : devait-elle rendre la Chrysler tout de suite ? Après ce qui s’était passé, Phil aurait trop honte pour venir la réclamer. Elle décida qu’elle lui rapporterait son paquebot quand elle n’en aurait plus besoin.

Il était tard, elle tombait de sommeil. Elle se traîna jusqu’à son lit et s’endormit aussitôt.

La matinée était bien avancée quand elle se réveilla. Ses cauchemars avaient eu pitié et ne l’avaient pas tourmentée. Elle se leva en s’étirant, se fit un thé et s’assit dans son divan. Elle repensa à ce qui s’était passé avec Steven, à la façon dont ils avaient fait l’amour. Avec les autres, cela avait été si différent.

Sa première expérience, elle l’avait eue à l’asile, aux alentours de ses seize ans. Elle savait qu’elle plaisait. Dans le personnel masculin, elle surprenait les regards qui s’attardaient sur son corps, elle entendait les réflexions, les compliments un peu appuyés, elle détectait les allusions plus ou moins subtiles.

Mais même si elle sentait naître des désirs physiques qui prenaient la tournure d’une impérieuse nécessité, elle n’aurait rien fait avec un membre du personnel infirmier. Une barrière infranchissable les séparait. Elle ressentait l’attrait qu’elle provoquait chez eux comme une agression. Comme si cela ne leur suffisait pas de fouiller son esprit, ils rêvaient en plus d’envahir son corps.

Tom Hentley fut le premier. Il était le patient de la chambre 125, il avait une vingtaine d’années. On l’avait interné à cause de son inadaptation à la société. En effet, il était incapable de la moindre méchanceté et, de ce fait, n’importe qui pouvait l’exploiter et lui demander de faire n’importe quoi. En plus, il ne connaissait pas la notion de propriété privée. Il entrait dans les magasins, se servait et sortait sans payer, sans avoir l’impression de commettre un vol. Ou bien, se promenant dans la rue, il pouvait décider de pénétrer chez n’importe qui sans y être invité.

À cela s’ajoutait le fait qu’en toute circonstance il était d’une sincérité absolue. Il semblait incapable de nourrir la moindre arrière-pensée. Un jour, il était entré dans la chambre de Ann et lui avait demandé si elle voulait faire l’amour avec lui, sans préambule. C’était si direct, si inattendu et l’attitude de Tom était si ingénue. Ann avait dit oui. Et comme Tom était beau gosse, ça avait beaucoup aidé.

L’expérience avait été assez laborieuse, ils étaient tous deux novices et gauches. Mais ils avaient recommencé plusieurs fois. Jusqu’au jour où un infirmier avait eu des soupçons. Tom avait disparu et Ann n’avait plus jamais eu de nouvelles de lui.

Une fois plongée dans la vraie vie, libérée du cycle des asiles, Ann se rendait dans des bars quand la pression sexuelle devenait impérieuse. Le romantisme n’était pas son fort, mais elle ne cherchait pas l’homme de sa vie. Ça tombait bien, car dans les endroits qu’elle fréquentait, les aspirations de la clientèle masculine se résumaient au fameux coup d’un soir.

Par contre, pas question qu’ils viennent chez elle. Elle ne tenait pas à les voir fouiner, sortir des banalités en faisant semblant de s’intéresser à elle, s’incruster jusqu’au matin à son réveil. Quant à visiter leur monde à eux, elle s’en fichait royalement, ils se rendaient donc à l’hôtel (qu’elle ne payait jamais). Une fois qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, « Tchao, bye ! » elle mettait froidement fin à l’éphémère rencontre et s’en allait sans états d’âme.

Ses partenaires étaient souvent déconcertés — certains, humiliés — de se faire larguer d’une façon si abrupte et si glaciale. Pourtant, au bar, ils étaient si pressés d’écourter le passage obligé du minimum de conversation pour se rendre directement à la conclusion ! Mais une fois les ébats physiques terminés, ils s’attendaient à quelques marques d’attention de la part de Ann. Un peu de reconnaissance, quoi ! Un compliment ou deux sur leurs performances, la promesse qu’elle garderait un souvenir inoubliable de la rencontre…

Avec Steven, ça avait été si différent, elle avait éprouvé une sensation nouvelle, une envie de s’abandonner entièrement à quelqu’un. Pas seulement pour ressentir du plaisir physique. Elle était en confiance avec lui et dans la fusion de leurs corps, elle avait senti que lui aussi avait cherché à la rejoindre.

Pour la première fois depuis qu’elle était sortie du coma, Ann se dit que, peut-être, retrouver son père n’était plus la chose la plus importante de sa vie.