Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 113
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Garder le contrôle. Ne pas paniquer.
L’épaule endolorie, haletant, en nage, Steven redescendit de l’échelle. Dans une impulsion désespérée, il avait encore tenté de soulever le couvercle. Il devait se résigner à accepter que son seul choix se résumât à attendre que quelqu’un vienne. Deux personnes savaient où il se trouvait : Chuck et Ann. Inutile de compter sur le trafiquant, il ferait le mort. Restait Ann.
Elle finira par s’inquiéter.
En était-il si sûr ? La confrontation avec Rylander l’avait traumatisée. Elle était sous le choc quand il l’avait quittée. Avait-elle récupéré ? Était-elle capable de penser à lui ?
Avant de sombrer dans un noir désespoir, Steven décida de reprendre l’exploration du repaire où il l’avait laissée. Il braqua le faisceau de sa lampe sur la bâche, l’écarta et passa de l’autre côté.
Le volume correspondait à environ un tiers de la citerne. Apparemment, c’était le « bureau » de Rylander. Il avait grossièrement bricolé un plan de travail avec des planches récupérées et calées sur des bidons. Quelques accessoires de bureau : crayons, ciseaux, règle, gomme, etc. Une chaise crasseuse en plastique marron complétait le mobilier. Des dossiers s’alignaient sur une étagère. Steven en sortit un au hasard. Les lettres S.V étaient inscrites au marqueur noir. « Svitlana Dickerson », murmura Steven. Il le feuilleta, il contenait beaucoup de photos de Svitlana, prises à son insu par Rylander. Elles étaient toutes recadrées ou découpées au plus serré pour supprimer l’environnement et ne garder que le visage ou l’ensemble du corps, comme si Rylander voulait isoler la jeune femme du monde. À part ça, des bulletins météo avec des prévisions de chutes de neige surlignées au marqueur fluorescent. Les habitudes de Svitlana étaient consignées sur des feuillets avec des notes sur sa vie quotidienne, ses relations. S’y mêlaient des coupures de presse, des plans de rues. C’était le travail classique du criminel qui rassemble le plus d’informations possible sur sa cible avant de passer à l’action. Steven sentit un drôle de malaise l’envahir en voyant certains éléments défiler sous ses yeux : il avait collecté les mêmes au cours de ses investigations sur la jeune femme.
Il remit le dossier en place puis sauta au dernier. Il portait les lettres K.S : Karen Swanson. Steven tourna la couverture avec appréhension. Comme dans le cas de Svitlana et des autres victimes sans aucun doute, il trouva beaucoup de photos prises à la dérobée et isolées du contexte. Steven feuilleta rapidement et constata avec soulagement — si un tel sentiment avait sa place dans un moment pareil — que le dossier était purement factuel. Les notes et remarques de Rylander étaient froides, techniques, elles ne concernaient que la préparation de l’enlèvement. Apparemment, le tueur ne pénétrait pas très loin dans l’intimité de ses victimes, leur personnalité ne semblait pas l’intéresser. Seul leur aspect physique l’attirait.
Steven sauta à la fin du dossier. Il s’arrêta sur une photo et sentit sa gorge se nouer. Karen était en compagnie d’un homme qui la tenait par la taille. On le devinait, car Rylander avait découpé son visage et une grande partie de son corps pour isoler la jeune femme. Mais Steven reconnut, en arrière-plan, la salle du petit café où il se rendait avec Karen, le dimanche matin. Rylander était présent ce jour-là, posté avec son appareil photo braqué sur eux. L’homme qu’il avait évacué à coups de ciseaux, c’était Steven.
À l’époque de la prise de vue, savait-il qui était Steven ou n’était-il, pour lui, qu’un intrus à éloigner de son fantasme ?
Steven replaça la photo dans le dossier. Le dernier document était un bulletin météo sur lequel une information avait été encerclée plusieurs fois en rouge avec une joie sauvage : « Neige à prévoir en fin de journée ». Triste confirmation de l’importance qu’elle revêtait pour Rylander. C’était le jour où Karen avait été enlevée. Il referma le dossier.
Steven secoua sa torche en jurant. Elle s’était mise à clignoter depuis un moment et sa lumière faiblissait. L’idée de se retrouver dans le noir complet commençait à l’inquiéter.
Il reporta son attention sur une autre étagère. Elle était longue de près de deux mètres. Accrochés à une tige par des anneaux formés de fils de fer, deux morceaux de toile grossière et décolorée cachaient son contenu.
Steven s’approcha et tendit la main. La lumière de sa lampe faiblit, comme si elle refusait d’éclairer ce qui s’y dissimulait.
Il écarta lentement les pans de tissus. Un sentiment d’horreur le parcourut. Elles étaient toutes là, soigneusement alignées l’une à côté de l’autre : Sandra, Lauren, Lisa, Svitlana, Courtney, Annabelle, Janet. Ou tout au moins leurs têtes dans divers stades de pourrissement et de dessèchement. Les plus anciennes, réduites à l’état de squelette. Devant chaque crâne, une étiquette indiquait le prénom de la victime. Rylander les avait placés dans l’ordre chronologique de leur enlèvement. Seule manquait la tête de Karen qui se trouvait encore de l’autre côté.
Il ne s’était pas contenté de les aligner avec soin. Avec un bâton de rouge à lèvres — rangé sur un coin de l’étagère —, il avait dessiné, d’un trait grossier, une imitation de rire sur chacun des visages. À la fraîcheur du maquillage, Steven déduisit que le cinglé les redessinait souvent, sans doute pour lutter contre leur effacement dû à l’effritement des peaux, comme si son esprit tordu voulait les marquer toutes d’un rire éternel.