Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 146 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 145

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Un homme hurla de douleur. Steven s’arrêta. Une femme cria : « ICI ! » C’était Ann. Steven sentit son cœur faire un bond. Ça venait du fond. Il se mit à courir. Il dépassa le mur de moteurs, vola au-dessus d’un pare-chocs abandonné dans le chemin, tourna au coin d’une colonne d’épaves et s’arrêta net.

– Non, fit-il, les yeux écarquillés d’horreur.

Rien ne le préparait à la scène qu’il découvrit. Lupo se tenait à côté d’une monstrueuse cisaille à couper la ferraille. Il maintenait la tête de Ann entre les énormes lames, une main plaquée contre l’interrupteur vert de mise en marche.

– AVANCEZ-PAS ! rugit Lupo, ou je lui fais sauter sa jolie petite gueule.

Steven entendit les bruits de pas précipités de ses collègues qui s’arrêtaient derrière lui.

– Merde, murmura Graziedei dans son dos.

Steven remarqua un filet de sang sur la main qui appuyait sur l’interrupteur. Lupo avait l’air hagard, comme un animal pris au piège. Steven devait faire très attention : un seul mot saisi de travers, un geste mal interprété, et cet imbécile pouvait dérailler.

– AVANCEZ-PAS, je vous ai dit, cria Lupo.

Du coin de l’œil, Steven vit apparaître ses collègues prêts à descendre Lupo. Quels abrutis ! Ils allaient le faire craquer.

– Arrêtez, leur commanda-t-il. Baissez vos armes. Monsieur Lupo, regardez.

Il leva son revolver, canon pointé vers le ciel.

– Nous ne sommes pas là pour vous, monsieur Lupo. C’est un malentendu. Nous venons chercher Ann Milande. Nous n’avons rien à vous reprocher.

Steven s’exprimait sur un ton calme. Lupo hésitait, mais il restait fébrile et les tremblements de sa main blessée devenaient inquiétants.

Ce débile est capable d’appuyer sur le bouton malgré lui, à tout moment.

– Il ment, dit une voix faible à côté de Lupo.

Il lança un bref regard vers Ann.

– Quoi ?

– Ils savent que vous avez tué ma mère...

Ann se tordit en grimaçant sous l’assaut d’une pointe de douleur.

– C’est moi… je leur ai dit que c’était vous.

– Hein ? fit Lupo, en roulant des yeux.

– Écartez votre main de cet interrupteur, reprit Steven d’une voix apaisante. Éloignez-vous lentement de cette machine. Je vous en prie, monsieur Lupo.

Gratte-toi le nez, espèce d’enfoiré, pensait Steven, le doigt sur la gâchette de son arme. Rien qu’une seconde, éloigne ta main de ce foutu interrupteur, fais-moi ce plaisir.

– Il essaie de vous embobiner, murmura Ann. Si vous faites ce qu’il dit, ils vont vous abattre comme… le salaud que vous êtes…

Lupo se crispa sous l’injure.

– Ne faites pas de bêtise, Willy, dit Steven qui avait cru voir un mouvement d’humeur sur son visage. Il est encore temps d’éviter le drame.

Rien qu’une petite seconde.

– Allez-y, tout est de ma faute, reprit Ann… vengez-vous sur moi… appuyez.

Steven sentait ses collègues trépigner. Comme lui, tous avaient envie de coller une balle entre les deux yeux de Lupo.

Une toute petite seconde.

– Tout va bien se passer, Willy, vous allez tranquillement lever les bras et vous allez vous écarter, répéta Steven d’une voix calme. On aurait dit qu’il prodiguait une thérapie antistress.

– Allez-y, dit Ann d’une voix faible.

Lupo lui lança un regard en biais, un mauvais sourire s’afficha sur son visage.

– J’ai compris ce que tu cherches, connasse. Tu sais que t’es foutue, alors tu veux que je t’achève pour qu’ils me descendent. Hein ? Je les intéresse pas, moi, c’est toi qu’ils veulent.

« Merci », dit Steven en visant la tête de Lupo. La main venait de s’écarter de quelques centimètres du bouton. Les lunettes de soudeur explosèrent, Lupo bascula vers l’arrière, tandis qu’une gerbe de sang giclait de son crâne. Ann s’effondra derrière la machine.

Steven se précipita, suivi des autres flics.

Peut-être que Lupo avait l’intention de se rendre, pensa-t-il, ou seulement de se gratter le nez.

Je t’enverrai un questionnaire dans l’au-delà.

Il rangea son arme dans son étui. Pendant que ses collègues s’assuraient que Lupo était mort, il s’approcha de la cisaille et s’agenouilla à côté d’Ann. Il aperçut le sang sur le sol. Il vit la tache sombre au niveau du ventre de la jeune femme.

– Une ambulance ! Appelez une ambulance ! lança-t-il, paniqué, à la ronde. Ça te fait mal ?

– Un peu, pas trop, murmura-t-elle d’une voix faiblarde.

– Laisse-moi regarder.

Il écarta les pans du manteau, souleva avec précaution le pull et le t-shirt. La blessure était méchante. Lupo avait agi avec force et conviction. Un relent de haine submergea Steven. Zlotnick, Rylander et Lupo. Ann avait eu son lot de raclures de l’humanité.

Son sang s’écoulait de sa plaie. Beaucoup trop vite. Steven était livide, comme s’il perdait le sien au même rythme qu’elle. Il s’assit à ses côtés et colla la tête de la jeune femme contre sa poitrine. Il avait l’odeur de ses cheveux dans le nez.

– L’ambulance va arriver. Ils vont s’occuper de toi. Tiens bon.

– Non, fit Ann d’une voix faible.

Il sentit une nuance de panique dans sa voix.

– Mais si, ne t’inquiète pas. Ça va aller.

– Non, je… il ne faut pas…

– Il ne faut pas quoi ?

– C’est trop tard. Je… j’ai regardé en moi.

Il fronça les sourcils.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Mon pouvoir… je l’ai utilisé sur moi… pour découvrir la vérité…

– Quoi ? Tu… tu ! Non ! dit Steven horrifié.

– Je devais savoir… j’ai plongé dans mes souvenirs… tu comprends ce que ça veut dire ?

Il ne pouvait pas le croire. Elle n’avait pas fait ça. Oh si, elle en était capable ! Ann s’était condamnée elle-même. Il jeta un coup d’œil à Lupo étendu quelques pas plus loin. Cela valait-il vraiment le coup de massacrer ta vie pour coincer cette ordure ? Il reporta son attention sur elle. Il lui en voulait, il était fou de chagrin.

– Steven, lui glissa-t-elle dans un souffle. Je ne veux pas finir comme… tous les autres, tu comprends ? Je… tu vas faire ce qu’il faut, hein ?

– Qu’est-ce que tu racontes ? L’ambulance ne va pas tarder et…

– Tu as compris ?

– Ann, je…

Elle agrippa son bras.

– Tu vas le faire, tu me le jures !

Il crut devenir fou. Non, il ne pouvait pas promettre une chose pareille !

– Steven, murmura-t-elle. Excuse-moi…

– Mais, pourquoi ?

Elle plongea ses beaux yeux verts dans les siens et tendit sa main. Il l’enferma dans les siennes.

– Excuse-moi, je… je… excuse-moi…

Mais elle n’eut pas la force d’aller jusqu’au bout. Il la sentit s’affaisser. Ses yeux se fermèrent.

– Non ! Attends ! Pas maintenant… Ann, je t’écoute. Pourquoi tu t’excuses ? Dis-moi pourquoi ?

Paniqué, Steven remonta la manche de la jeune femme, dégagea son fin poignet pour trouver son pouls. Il battait encore. Ann était seulement évanouie.

Au loin, une sirène hurlait. L’ambulance approchait.

– Dépêche, susurra-t-il pour l’accélérer en scrutant l’allée.

Mais le doute l’assaillit. Pourquoi ? Pour sauver Ann ? Ils allaient la soigner et la remettre d’aplomb pour qu’elle se suicide en pleine forme, quelques jours plus tard, dans des conditions horribles ?