Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 140
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Steven se rua hors de l’ascenseur. Il traversa le bureau des inspecteurs comme une flèche de vent, faisant plier les têtes sur son passage.
– Tony, où elle est ? cria-t-il à Graziedei repéré à la machine à café.
– Dans la salle d’interrogatoire, mais attends ! Steven att…
Steven avait déjà bifurqué vers le couloir. Il ouvrit la porte du local et stoppa net.
Effrayée par son entrée brusque, elle sursauta.
– Excusez-moi, dit Steven, mais… qui êtes-vous ?
Une junkie, il le décela au premier coup d’œil.
– D… Doris Milande…
– Milande ! s’écria-t-il. Vous êtes la sœur de Ann ?
Il s’approcha, elle se tassa comme un animal effrayé.
– Où est-elle ? demanda-t-il. Vous savez où elle se trouve ?
– Non, je… j’en sais rien.
Il cachait mal son impatience.
– Pourquoi êtes-vous ici ?
Elle s’enflamma.
– Elle veut le tuer ! Vous devez l’en empêcher !
– Qui ça ? Qui veut tuer qui ?
– Elle ! Ma timbrée de sœur ! Dépêchez-vous !
– Mais qui ? Qui veut-elle tuer ?
– Willy, mon copain… enfin mon ancien copain.
Steven fit le tour de la table et s’assit.
– OK ! Racontez-moi tout.
Doris s’excita.
– On n’a pas le temps, ça va être trop tard ! Elle va le buter, je vous dis !
– Alors, faites vite.
Lèvres tremblotantes, Doris se frotta les avant-bras avec nervosité.
– Elle est venue me poser des questions sur notre père. Il a été condamn…
– Je connais l’histoire. Donnez-moi la version courte, seulement ce qui s’est passé avec Ann.
– Elle voulait savoir la vérité. Je lui ai dit que notre mère était morte quand nous sommes entrés dans le salon, moi et mon père.
Steven prit quelques secondes avant de comprendre : Doris donnait la même version que Peter Milande.
– Attendez. Vous êtes en train de me dire que votre père n’a pas tué votre mère ? Qu’est-ce que vous me racontez ?
– C’est la vérité.
Steven était perplexe. Le rapport d’enquête du meurtre de Kate Milande était toujours ouvert dans un coin de sa tête. Vérité et mensonge commençaient à devenir les faces interchangeables d’une pièce lancée au hasard. Le père et la fille devaient mentir, mais ce n’était pas le moment de la braquer.
– Comment votre sœur a-t-elle réagi ?
– Mal. Elle a comme… pété un câble, en fait surtout quand elle a vu ça.
Elle remonta sa manche et découvrit son tatouage avec la tête enflammée. Steven se pencha pour l’examiner.
– Pourquoi, il a un sens spécial ce dessin ?
– Non. Enfin, je ne sais pas.
– Et pour elle, il doit bien avoir une signification ?
– Je n’en sais rien.
Elle fit une moue dégoûtée. Steven réprima un mouvement d’humeur, Doris Milande commençait à l’énerver sérieusement.
– Attendez, ce dessin ne s’est pas tatoué sur votre avant-bras par inadvertance. Vous ne l’avez pas choisi au hasard. Il veut dire quoi ?
– Rien. Il ne veut plus rien dire. C’est juste le tatouage de mon ancien copain. Enfin, le même. Il voulait que j’aie le même que lui, c’est tout. J’ai juste pas le putain de fric pour me le faire enlever, cracha-t-elle.
– Alors, Ann… (il se reprit) … votre sœur voit ce tatouage et part en vrille, c’est tout ?
– Elle a eu une sorte de réaction, comme si elle avait un choc intérieur, quelque chose comme ça, et elle est partie.
– Et pourquoi vous pensez qu’elle veut tuer Willy ?
– Elle m’a appelée ce matin pour avoir son adresse. Elle m’a dit qu’elle va le tuer !
– Pourquoi elle ferait ça ?
– Parce qu’il a tué notre mère !
– Quoi ?
– Enfin, c’est elle qui le dit. Elle va lui faire payer pour ce qu’il nous a fait, à moi, à notre père et à elle… C’est ce qu’elle dit.
Le copain Willy serait le meurtrier de Kate Milande ! Steven étudia la junkie. Elle semblait clean, mais pas vraiment nette. Même à jeun, son cerveau dérapait sur le bas-côté de la lucidité. Elle pouvait délirer honnêtement. Mais Steven n’avait pas le temps de démêler le vrai du psychédélique. Et surtout, c’était la seule piste qui pouvait le mener à Ann.
– Et vous lui avez donné son adresse ?
– Non, je ne la connais pas. On ne se voit plus.
– C’est quoi son nom, à votre copain ?
– C’est plus mon copain…
– Willy comment ? cria Steven en réprimant une envie de lui filer deux baffes.
– Willy Lupo.
Steven en prit note sur un bout de papier, puis il scruta Doris. Il avait un choix à faire : rentrer chez lui, s’ouvrir une bière, dire adieu à ses plantes vertes, s’installer dans son divan, poser sa seringue sur ses genoux et attendre que le pouvoir lui donne le signal de s’autodétruire. Ou croire Doris Milande et se lancer à la recherche de Willy Lupo dans l’espoir d’empêcher Ann de commettre un meurtre.