Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 152
OceanofPDF.com
152
Quand le Dr Roberts vit débouler Steven, il hésita à appeler la sécurité. Le policier avait une mine épouvantable et fonçait vers lui comme un rhinocéros devenu fou. Steven bouscula une infirmière qui poussait un chariot de médicaments et se cogna dans un type qui sortait de sa chambre en pyjama.
– Elle est tirée d’affaire, lui lança le Dr Roberts du bout du couloir, avant qu’il défonce un mur.
Lorsque Steven arriva à son niveau, il commença un exposé sur le déroulement de l’opération. Les seuls mots que Steven entendit furent les derniers : « Vous pouvez aller la voir ».
Quand il poussa la porte de la chambre, il retrouva aussitôt son calme. C’est presque à pas de loups qu’il s’aventura dans la pièce.
Ann tourna la tête et lui sourit. Ce sourire fut tout pour Steven. Il justifia qu’il n’ait pas appuyé sur la seringue. Pour cet instant magique, il aurait tout donné.
Il approcha une chaise du lit pour être au plus près d’elle. Elle avait les traits tirés, la fatigue de l’intervention chirurgicale marquait son visage, mais ce qui frappa Steven, ce fut son expression de tristesse.
« Pardonne-moi ! » furent ses premières paroles.
– De quoi tu parles ? s’exclama Steven, abasourdi.
Elle posa sa main sur la sienne.
– Je n’ai pas eu le temps de te le dire… il faut que tu saches… Je n’ai pas utilisé mon pouvoir sur toi pour découvrir l’adresse de mon père…
Il lui prit les deux mains.
– Ne t’en fais pas, Ann, je sais…
Elle ne l’entendit pas :
– Je… j’étais en colère… Je savais que tu ne risquais rien, je voulais juste te faire peur. C’était stupide. Oh oui ! Tellement stupide. J’allais te le dire et puis... tout s’est accéléré, je n’avais plus que la mort de ma mère en tête et j’ai foncé, foncé…
– Je te dis que je le sais (il sourit). J’ai écouté le message de ton père sur ton répondeur. Je l’ai entendu te donner son adresse. Ça m’a fait comprendre ton petit numéro. J’en ai déduit que tu ne m’as pas sucé le cerveau.
Elle le regarda avec stupéfaction, à moitié rassurée.
– Et oui, dit-il, je suis moins bête que j’en ai l’air.
– Je suis désolée, Steven.
– Que j’aie l’air bête ?
Un petit sourire fleurit sur les lèvres de la jeune femme.
– C’est horrible, tu as dû avoir tellement peur, reprit-elle. Si tu savais comme je m’en veux, d’autant plus que tu avais raison, dans le fond.
– Écoute, c’est sans importance, ce qui compte c’est que…
Il ne put terminer sa phrase, il baissa les yeux. Il s’apprêtait à dire : « C’est que je sois là, bien vivant ». Et la réalité lui revint en pleine face dans toute sa cruauté. Il était vivant, mais Ann était en sursis pour quelques jours, jusqu’à ce que…
– Qui a-t-il ? demanda Ann, voyant sa mine s’assombrir.
– Je n’ai pas pu…
– Quoi ?
– Dans la casse. Je n’ai pas pu… exaucer ton dernier vœu. Je n’en ai pas eu la force.
Il tourna vivement la tête vers elle.
– Ann ! Je sais que tu voulais éviter de finir comme les autres… Mais te tuer… je n’aurais pas pu faire une chose pareille ! Écoute, on a les meilleurs médecins du monde, je suis sûr qu’ils trouveront le moyen de…
Son visage était déchiré. Ann posa sa main sur sa joue.
– Tant mieux que tu ne m’aies pas écoutée. (Elle sourit.) Et si je me souviens bien, tu n’as rien promis. Et au moins, nous sommes ensemble... encore un peu…