Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 78
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Graziedei changea de tactique. Il avait épuisé toutes ses munitions dans le registre de l’immonde. Sans résultat. Il lui restait une dernière carte à jouer : tenter d’amadouer Ann Milande.
– Écoutez, Ann, commença-t-il sur un ton adouci, vous êtes une fille intelligente, je vous donne la chance d’éviter de passer le restant de vos jours en prison. Saisissez-la. Crachez le morceau. Les jurés sont toujours plus indulgents pour les accusés qui avouent leurs crimes.
Il laissa infuser ses arguments, mais aucune réaction ne vint de la part de Ann. Steven le vit se gratter la joue droite avec sa main gauche. C’était un signe d’énervement, il perdait patience.
– Vous savez, reprit-il en cachant son irritation, personne ne pleurera la mort de Larry Zlotnick. Au contraire, on vous remerciera d’avoir éliminé cette ordure (il se pencha et adopta le ton de la confidence), je ne devrais pas le dire, mais j’en fais partie. Ça pèsera énormément en votre faveur sur le jury, mais pour ça, vous devez m’exposer les raisons qui vous ont poussée à agir, pour que je vous comprenne.
Il attendit. Mais il n’était plus qu’un pêcheur lançant ses filets dans un lac sans poissons. Il n’avait en face de lui qu’un masque d’indifférence. Pire, d’ennui.
– Comme vous voulez, dit-il sèchement.
Il se leva brusquement, ramassa les photos, les fourra sans ménagement dans sa chemise et sortit de la pièce.
Quelques secondes plus tard, il avait rejoint Steven.
– Rien à en tirer, dit-il, cachant mal son dépit.
Tous les deux observèrent Ann en silence.
– Elle a des couilles, la petite, c’est sûr, admit Graziedei, mais je crois pas qu’elle réalise encore le merdier dans lequel elle s’est fourrée.
– Tu vas faire quoi ?
– Je vais la garder pour la nuit. Demain, dès que j’aurai les résultats du labo, je reviendrai la voir. À mon avis, elle demandera un avocat. Mais ce sera trop tard. Tant pis pour elle.
Il sortit rapidement. Steven comprit qu’il n’avait pas envie de s’éterniser sur son échec.
Bormann entra dans la salle d’interrogatoire. Le policier en uniforme venait chercher Ann pour la ramener dans sa cellule. Steven la scruta avec attention, guettant un indice sur son état d’esprit. Bormann enleva les menottes qui la reliaient à la table, la fit se lever et les lui rattacha aussitôt dans le dos, puis il posa la main sur son épaule pour la guider vers la porte. Steven la vit tressaillir un instant. Puis ils quittèrent la pièce.
Steven resta un moment à fixer la place vide où se tenait Ann quelques secondes plus tôt. Il était perplexe. Graziedei n’avait peut-être pas agi dans la subtilité au cours de l’interrogatoire, mais c’était un professionnel expérimenté, il avait sa technique et il obtenait des résultats. Pourtant, malgré ses coups de boutoir, Ann avait réagi avec un détachement surprenant. Graziedei avait-il raison, était-elle inconsciente de la menace qui pesait sur elle ? Dans quelques heures, des preuves implacables l’accuseraient du meurtre de Zlotnick. Dans la foulée, les suicides suspects seraient expliqués et on lui attribuerait la mort de quatre personnes.
Elle risquait la prison à perpétuité. Ou la peine capitale.