Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 86 sur 160

Pages du PDF

Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 85

OceanofPDF.com

85

 

Graziedei sortit du bureau de Walsh avec la mine des mauvais jours. Il venait de prévenir le chef qu’il devait se résoudre à libérer Ann Milande, faute de preuves. Steven l’observa se diriger vers l’ascenseur pour descendre au rez-de-chaussée, là où se trouvaient les cellules de détention. Il s’y rendait la mort dans l’âme. C’est toujours pénible d’annoncer à un suspect dont on est persuadé de la culpabilité qu’il est libre. Steven avait failli lui proposer d’y aller à sa place, trouvant là un bon prétexte pour voir Ann, puis il s’était ravisé. Comme Graziedei, il était sous le choc des surprenants résultats du légiste.

Il lui trottait dans la tête l’étonnante assurance avec laquelle Ann lui avait affirmé qu’elle serait libérée. Il avait besoin de prendre un peu de recul. Le suicide de Zlotnick restait une énigme et son lien avec Ann toujours aussi inexplicable.

Un café à la main, il s’attarda à la fenêtre. Quelques minutes plus tard, il vit Ann sortir sur le trottoir, elle manipula son téléphone pour passer un appel, sembla se raviser, puis elle héla un taxi, monta dedans et disparut au coin de la rue.

La jeune femme était libre, peut-être, mais elle lui devait une explication.

Graziedei réapparut peu de temps après. Il regagna sa place sans regarder personne, c’est à peine s’il remarqua la présence de Steven. Il se mit à tapoter sur son clavier. Il devait s’occuper l’esprit en faisant n’importe quoi, pour encaisser l’échec qu’il subissait.

Un peu plus tard, quand Steven se dirigea vers les ascenseurs pour s’en aller, Walsh lui lança à peine un regard à travers la vitre de son bureau. Depuis qu’il était venu lui annoncer l’heure de son passage en commission de discipline, il l’évitait soigneusement. Aux yeux du chef, Steven était devenu transparent.

Il rentra rapidement chez lui. Il avait besoin de temps pour réfléchir. Maintenant qu’il avait la quasi-certitude que Rylander était le coupable des enlèvements, il devait réussir à le coincer. Mais son petit numéro avec la boule à neige avait été une arme à deux tranchants, désormais Rylander pensait sûrement qu’il s’était fait piéger et il ne tarderait pas à réagir.

Steven s’attendait à ce que, dans un premier temps, Rylander laisse travailler la machine à broyer : d’abord la commission de discipline qui le jetterait à la rue, puis le tribunal qui l’enverrait peut-être en prison. À moins qu’il se trompe et que Rylander soit déjà en train de lui préparer un coup tordu.

Steven sentit une immense lassitude l’envahir. Il était fatigué de penser à Rylander et son sourire vicieux, aux enlèvements, aux cadavres, à son renvoi de la police, à son avenir pourri. Une envie de voir Ann s’empara de lui, mais pas pour la soumettre à un interrogatoire ni pour évoquer des gens qui deviennent dingues et se mutilent, seulement pour parler de tout et n’importe quoi. Même d’olives noires.

Il attrapa son téléphone et l’appela. Il lui demanda s’il pouvait passer. Il bafouilla un obscur prétexte, comme quoi il voulait vérifier qu’elle se remettait de son séjour en cellule.

– Pas maintenant, je viens de rentrer chez moi. J’ai vu le travail fait par tes collègues.

– Ann, je…

– J’ai besoin d’un peu de temps, Steven. Pour le moment, tout ce qui se rapproche de près ou de loin d’un flic me donne de l’urticaire. Désolée.

Elle raccrocha.

Steven eut l’impression qu’elle lui arrachait le cœur.