Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 17
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17
Bon, pas cher, rapide, situé à un bloc du poste de police, Charlie’s Corner réunissait toutes les caractéristiques pour en faire un restaurant bondé de flics le midi.
La tête dans son assiette, Tony Graziedei faisait le point sur l’enquête en engouffrant des pelletées de frites graisseuses. Steven écoutait en silence, absorbé dans ses pensées. La conversation tournait au monologue.
– … Le légiste a tout de suite pensé que Matthews a pris quelque chose, genre Flakka ou Spice. Ces saloperies de drogues sont capables de déclencher ce type de pétage de plomb. Mais rien, rien. Il a rien trouvé dans le corps. Pas de traces de drogues ou de poisons. Aucune substance qui explique son comportement de fou furieux.
Graziedei ouvrit son hamburger et l’arrosa d’une giclée de moutarde.
– D’après sa femme, il était soucieux ces derniers temps, suite à une histoire de compression de personnel qui flottait dans l’air à l’hôpital. Mais de là à se suicider, non. Et de cette manière. Elle comprend pas. Moi non plus.
Il leva la tête et s’aperçut que l’attention de Steven planait par-dessus son épaule. Il fronça les sourcils.
– Tu m’écoutes ?
Comme Steven ne répondait pas, il suivit la trajectoire de son regard. Grasso, bière en main, et Ehlinger, sourire narquois en pavois, approchaient de leur table.
– Bon appétit, les gars, dit Ehlinger, en ciblant Steven. Au fait, Whitmore, Walsh nous a confié ton enquête.
– Comment ça ?
– C’est clair, non ? On reprend ton boulot. Il faudra que tu nous passes tous tes dossiers.
Elle arborait un petit air triomphant. Steven serra les dents. Pas question de montrer qu’il accusait le coup. Pas devant Ehlinger et cette pâte molle de Grasso.
– Il veut enterrer l’affaire ? glissa-t-il avec ironie.
– Il veut du sang neuf ! dit Grasso plein d’entrain.
– Du sang neuf ? Ah ! d’accord, il veut des nouvelles victimes et il compte sur vous, c’est ça ? répliqua Steven.
– L’humour, c’est ce qui reste quand on touche le fond, c’est ce qu’on dit, non ? commenta Ehlinger sur un ton sarcastique.
– Sauf qu’il vaut mieux être drôle, ajouta Grasso.
– Foutez le camp, gronda Graziedei qui savait que derrière son apparente désinvolture, Steven était ébranlé.
– J’espère qu’on n’a pas gâché ton repas, conclut Ehlinger.
Elle fit un clin d’œil à Steven, Grasso leva sa bière pour les saluer, et ils s’éloignèrent.
– Oublie ces deux guignols, dit Graziedei, ils… Eh ! Qu’est-ce que tu fais ? Non, merde.
Steven venait de quitter sa place et se précipitait vers les deux inspecteurs. Il rattrapa Ehlinger et posa sa main sur son épaule pour la stopper. Elle sursauta.
– Qu’est-ce que tu veux ? dit-elle avec hargne.
– Écoute, je me fiche de savoir qui récoltera les médailles pour cette affaire. Si c’est vous, tant mieux pour vous, je survivrai. Le but c’est de retrouver au plus vite le fumier qui enlève ces femmes. Je connais à fond le dossier. Je vous donnerai un maximum d’infos. N’hésitez pas à venir me trouver. Je vous aiderai.
Ehlinger et Grasso échangèrent un regard.
– On va y réfléchir, dit Ehlinger qui semblait intéressée.
Elle fit un pas pour s’éloigner. Steven la raccrocha.
– C’est par Rylander que vous devez commencer, il ne faut surtout pas lâcher cette piste.
Ehlinger éclata de rire.
– Ben voyons, t’entends ça, Grasso ? Il nous prend pour des demeurés. Il veut qu’on se plante à l’endroit exact où lui, il s’est crashé.
– C’est plus ton affaire, Whitmore, dit Grasso. T’es aux chiens écrasés, maintenant. File tes dossiers et fous-nous la paix !
Ils laissèrent Steven en plan. Graziedei arriva à son niveau.
– Bon sang ! Steven, qu’est-ce que tu fous ? Lâche ces deux abrutis. On a une enquête en cours, bordel. Et moi, j’en ai vraiment marre de bosser en parlant aux murs !
– Quoi ? dit Steven en se tournant vivement vers lui. Une enquête ? Tu sais très bien que Walsh m’a collé là-dessus pour me faire chier, Tony. Le docteur Matthews allait se faire virer et se suicide. On n’a pas besoin d’être deux pour trouver ça. Même ces deux crétins pourraient boucler le dossier ! Affaire classée.
– C’est bien ce que je pensais, tu n’écoutes rien de ce que je te dis. Viens par ici.
Il ramena Steven à leur table :
– Non, affaire pas classée ! Matthews s’est défoncé le visage à coups de scalpel et s’est jeté du quatrième étage, tu te souviens ? Et je te rappelle qu’il était médecin, il avait cent moyens plus confortables les uns que les autres de se suicider. En plus, le légiste n’a rien trouvé dans son corps. Il y a quelque chose de pas normal, comment se fait-il que tu percutes pas ? Il faut qu’on creuse. Et toi, il faut que tu te reprennes.
Steven vibrait de colère. Mais pas à cause de la mise au point de son collègue, il pensait à Walsh. Le chef savait très exactement ce qu’il faisait en confiant son affaire au couple Grasso, Ehlinger. Il s’assurait d’en maîtriser le déroulement. Ces deux crétins feraient ce qu’il leur demanderait sans sourciller. Aucun risque qu’ils sortent des clous. La piste Rylander était enterrée.
Il était temps de passer à la vitesse supérieure.