Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 54
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Steven se contenta de remuer de la paperasse jusqu’en fin d’après-midi. Il quitta tôt le bureau, il avait assez vu la tête des collègues pour la journée et l’œil noir de Walsh à chaque fois qu’il le croisait.
De retour chez lui, il s’ouvrit une bière et s’affala dans son divan.
Il n’avait rien vu venir. Tout s’était joué si vite. Dans les jours prochains, une commission de discipline allait statuer sur son sort. Il n’avait aucune illusion sur le résultat, on allait lui demander de démissionner ou l’envoyer dans un trou perdu en pleine cambrousse pour régler des problèmes de voisinage. Sa carrière au sein de la police était foutue.
Rylander s’était montré malin. Et lui d’une stupidité abyssale ! Comment n’avait-il pas flairé le coup de la caméra de surveillance ? Il se sentait comme un boxeur qui attend son adversaire sur un ring et qui reçoit une flèche dans le dos.
Le plus inquiétant, c’est que Rylander l’avait sans doute cerné dès leur première rencontre. Il savait où frapper pour que ses coups fassent mal, très mal. Il avait dû remarquer qu’il déclenchait une aversion épidermique chez Steven et l’avait provoqué dès le début pour l’exacerber. Toute son habileté avait consisté à ce que la confrontation policier/suspect prenne une tournure personnelle et devienne une affaire à régler d’homme à homme. Rylander s’était comporté comme un toréador agitant un chiffon rouge devant le taureau. Et ça avait marché. Steven avait foncé tête baissée.
Le coup final venait de la photo de Karen Swanson brandie sous son nez. En plus des horreurs qu’il avait proférées, Rylander avait poussé l’abjection jusqu’à se poser en une sorte de rival de Steven. En jouant sur des réflexes inconscients, il avait presque transformé leur affrontement en une lutte de deux hommes pour la même femme.
Steven sentit son sang bouillir.
Qui n’aurait pas craqué face à un type qui décrivait avec délectation les sévices qu’il prétendait avoir exercés sur sa petite amie ?
Mais personne n’était à la place de Steven. C’est à lui que c’était arrivé. Il pouvait s’absoudre d’avoir perdu son sang-froid, ça ne changeait rien, dans quelques jours il perdrait son boulot de flic. Et Rylander était toujours… innocent.
Son estomac se serra.
Rylander innocent. À moins qu’il soit coupable.
Steven finit sa bière et se leva. Il se dirigea vers son bureau et ouvrit la porte. Depuis qu’il s’était focalisé sur l’affaire des suicides, il n’avait pas travaillé sur les disparitions, croyant, comme un imbécile, avoir arrêté le temps. Pendant ce temps-là, Rylander avait avancé ses pions dans l’ombre.
Il s’assit à sa table et ouvrit son ordinateur. Encore une fois, il allait se plonger dans les dossiers. Rylander restait son principal suspect. Innocent ou coupable, il devait le découvrir.
Steven jeta un coup d’œil sur le mur des victimes. Ce n’était plus seulement pour elles qu’il devait le faire, ni pour Karen, mais pour lui. Débusquer le psychopathe responsable des enlèvements devenait une question de survie.