Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 108
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Chuck parti, Steven décida de s’accorder un moment pour faire le point. Il s’assit sur le siège en plastique et regarda l’ouverture béante de la citerne. Du point de vue légal, le fait que Chuck lui ait signalé une évidente scène de crime avec photos à l’appui lui donnait le droit d’entrer dans la biscuiterie et de descendre dans la citerne. La procédure officielle était respectée. Mais la petite manœuvre qu’il avait mise au point ne devait souffrir d’aucune faille, il se leva et sortit de la biscuiterie.
Il se rendit à sa voiture et la ramena devant l’entrée de l’usine, puisque c’est là où il aurait dû la laisser à son arrivée à la suite de l’appel de Chuck. Sur son GPS, il programma l’itinéraire depuis son domicile jusqu’à la biscuiterie. L’appareil lui indiqua 1 h 23 min de temps de trajet. Il ajouta une demi-heure pour sortir de chez lui, après le coup de fil de Chuck, et se rendre à sa voiture. Il arrondit le tout à deux heures, puis il retourna dans le bâtiment.
Il s’assit sur le bac en plastique et regarda sa montre. Il décida d’attendre deux heures avant d’entrer dans la citerne. Il aurait pu descendre tout de suite, mais il avait peur qu’une vague d’émotions violentes lui fasse perdre sa lucidité. Un simple coup d’œil par l’ouverture l’avait secoué, dans quel état le plongerait les découvertes qu’il ferait à l’intérieur ? Il ne voulait surtout pas commettre d’erreur, comme appeler trop tôt Walsh, et compromettre la chronologie de sa mise en scène.
Il consultait sa montre sans arrêt. Le temps s’écoulait à une lenteur désespérante. Fasciné, il ne pouvait détacher ses yeux de l’ouverture comme s’il craignait qu’en détournant son attention une seule seconde, l’œil noir de la citerne se referme et que toute trace du repaire disparaisse.
Il faillit plusieurs fois céder à l’impulsion de descendre. Pour en finir ! En finir, une bonne fois pour toutes ! Mais l’image de Fred Turner le retint. Il l’imaginait, lui et son armée de collaborateurs, mobilisés jour et nuit. Il les voyait disséquer minutieusement le moindre élément de son enquête. Ils étaient à l’affût de la plus petite faille juridique, de l’infime vice de procédure, du minuscule manquement au règlement qui, le jour du procès, obligerait le juge à prononcer ces mots abominables : « Monsieur Rylander, vous êtes libre ».