Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 42
Ann roulait à fond dans un état second. Tout ce qu’elle voulait, c’était mettre le plus de distance entre Zlotnick et elle. Elle voulait rentrer pour se jeter sous la douche et effacer les traces de regard du violeur qui la démangeaient comme des verrues immondes.
La grosse Chrysler se frayait un passage dans l’hiver comme un brise-glace dans la banquise. Les essuie-glaces fouettaient avec rage les flocons de neige sur le pare-brise. Ils semblaient vouloir aider Ann à chasser l’image de Zlotnick qui la hantait : sa face molle, la lueur malsaine de son regard roulant sur elle, le sourire visqueux, la voix s’insinuant à travers l’interphone comme une langue cherchant à la lécher.
Ann frissonna de dégoût. Elle ferma les yeux un instant. La plainte d’un klaxon la fit sursauter, elle s’était déportée sur la gauche et avait failli percuter une voiture qui arrivait en sens inverse.
Elle avait cru qu’elle serait assez forte pour affronter Zlotnick. Quelle erreur d’avoir pensé qu’une vitre la protégerait du violeur, comme si un blindage pouvait arrêter les allusions obscènes, les regards libidineux !
Elle était persuadée qu’elle aurait tenu jusqu’à ce que son pouvoir se déclenche. Ça n’avait pas été le cas et elle s’était laissée enferrée dans le piège de Zlotnick. Comment n’avait-elle pas réalisé qu’en quémandant des renseignements sur son père, elle lui offrait sur un plateau les moyens de jouer avec elle ?
Sa visite avait été un cadeau inespéré pour Zlotnick, une occasion royale. Une pensée écœurante lui vint à l’esprit : en ce moment, je suis dans sa tête ! Il peut donner libre cours à ses fantasmes les plus pervers ! Plus de grilles ni de vitres blindées ne nous séparent ! C’est moi qui suis enfermée avec lui !
Brusquement, le visage de Zlotnick surgit devant elle. Elle hurla de terreur, écrasa la pédale de frein, bras tendus pour repousser l’apparition. La Chrysler dérapa et se mit à tourbillonner. Elle quitta la chaussée pour s’échouer dans un gros banc de neige.
Hébétée, le souffle court, Ann fixa le rideau de flocons qui tombait devant elle.
Le visage qui hantait ses cauchemars s’était échappé. Il avait pris les traits de Zlotnick.
*
Les lumières qui dansaient dans l’habitacle la réveillèrent. Elle ouvrit les yeux et se rendit compte qu’elle s’était endormie sur le volant. Elle se redressa lentement. La rencontre avec Zlotnick suivie par le choc de l’effrayante vision avait déchargé toute son énergie.
La nuit était presque tombée. Elle était restée inconsciente plusieurs heures. La boule au ventre, elle reprit la route. Elle n’osait plus rouler, redoutant de voir la face molle de Zlotnick resurgir devant elle.
Après la visite catastrophique à la prison de Lucasville, son dernier espoir de trouver son père s’était évanoui. Désormais, Ann n’avait plus personne vers qui se tourner. Elle était en proie à un profond découragement. À quoi bon rentrer chez elle ? Retourner dans son désert lui parut bien triste. L’endroit où elle habitait était à l’image de sa vie. Personne ne l’attendait, personne pour l’aider, personne en qui avoir confiance.
Ces lugubres pensées tournèrent en boucle jusqu’à ce que les lumières de la ville apparaissent à l’horizon. Un nom lui vint à l’esprit. Peut-être n’était-elle pas seule ? Elle chassa l’idée qui l’avait traversée tant elle était ridicule. Mais son nom revint à l’assaut, comme une petite musique entêtante.
Faire appel à lui était illogique, stupide, voire dangereux. Pourquoi avait-elle l’impression que c’est ce qu’elle allait faire ?
Ann gara la Chrysler en bas des abattoirs et monta chez elle. Elle prit une interminable douche brûlante. Quand le décapage lui procura un sentiment d’apaisement, elle sortit et s’enfouit dans une robe de chambre. Elle versa huit olives dans la coupelle blanche, gagna son divan et attrapa son portable.
Bien sûr que c’était absurde.
Ann avait décidé d’appeler l’inspecteur Steven Whitmore.
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