Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 12
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Comme sa voiture gisait à la casse et que le taxi coûtait trop cher, Ann s’était rabattue sur le bus. Mais c’était très contraignant. En partant des abattoirs, elle devait traverser à pied par un froid polaire une bonne partie de la zone en friche jusqu’à la civilisation et marcher encore une demi-heure avant de trouver le premier arrêt de bus.
À court terme, c’était intenable. D’autant plus que Ann voulait se lancer à la recherche de son père, une voiture devenait indispensable. Le problème, c’est qu’elle n’avait plus un dollar. Prise de remords, sa tante lui avait bien laissé de l’argent sur un compte bancaire lorsqu’elle s’était débarrassée d’elle en la plaçant dans un hôpital psychiatrique ; malheureusement, les frais médicaux de son récent accident avaient siphonné les réserves de Ann.
Par chance, une solution se profilait à l’horizon. Elle avait reçu un coup de téléphone d’Amber Winther. Cette dernière avait appris que Ann était sortie de l’hôpital et l’invitait au restaurant.
Amber était pourrie d’argent, elle accepterait sûrement de lui donner un petit coup de main pour la voiture. Ann avait pour habitude de ne jamais rien demander à quiconque, mais l’enjeu était suffisamment important pour qu’elle mette son orgueil de côté.
Ann prodiguait des cours de piano à Cindy, la fille d’Amber. On ne peut pas dire qu’Amber était son amie, d’ailleurs l’amitié était une notion étrangère à Ann. De son côté, Amber aimait côtoyer la femme ténébreuse et bizarre qui vivait dans cet endroit impossible, la zone désaffectée. Ça la changeait des relations si conventionnelles de ses cercles habituels.
Assise seule au fond du bus, Ann en profita pour appeler la prison de Lucasville, dans l’Ohio. C’est là où son père avait été détenu. Mais ça ne se déroula pas comme elle l’espérait :
– Je ne comprends pas, dit-elle en cachant mal son irritation, mon père a passé vingt ans dans votre prison et vous n’êtes pas capable de me dire où il se trouve actuellement ?
La voix impersonnelle répondit :
– Peter Milande est sorti depuis plus de deux ans, mademoiselle. Il a payé sa dette envers la société. Il n’a plus de comptes à nous rendre.
Ann était d’autant plus nerveuse qu’elle avait espéré un échange bref. Elle avait toujours du mal dans ses relations avec les organismes officiels.
– Il doit sûrement y avoir des traces dans vos fichiers. Vous devez bien faire un suivi. Non ?
Elle entendit un bruit de clavier.
– Nous avons un service d’aide à la réinsertion, mais je vois dans son dossier que votre père ne l’a pas sollicité. À sa sortie, il est possible qu’il se soit rapproché d’organismes privés, si c’est le cas, je n’en ai pas la trace. Je crains de ne pas pouvoir vous aider. Désolée, mademois...
Ann coupa la communication. C’était rageant. Pendant vingt ans, elle avait su exactement où son père se trouvait : dans une cellule, à Lucasville. Information inutile, puisqu’elle n’était pas allée le voir une seule fois en prison, ayant rompu tout contact avec lui. Et voilà qu’au moment où elle décidait d’avoir une explication avec lui, il avait disparu. C’était comme s’il l’avait fait exprès. C’était irrationnel de le penser, mais Ann avait tellement hâte de le retrouver pour en finir avec lui que ce contretemps renforça son ressentiment à son égard.