Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 48 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 47

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47

 

Ann se rendit au rayon lingerie. Le but était de trouver le soutien-gorge le plus moche. Elle le dénicha au fond d’un bac de fins de série bradées où il se cachait, tout honteux. Personne n’avait voulu de lui, avec son tissu râpeux vieux rose, bardé d’une grossière dentelle.

Un slip, maintenant. Ann parcourut les étalages des yeux, sans inspiration. Puis une idée lui vint. Elle se rendit au rayon Homme. Elle sélectionna un string léopard du plus parfait mauvais goût et partit payer.

La caissière lui lança en douce un drôle de regard, essayant de faire coïncider les achats déposés sur le tapis avec la cliente.

Zlotnick voulait fantasmer sur ses sous-vêtements ? D’accord, elle lui apporterait de quoi se rincer l’œil. Mais pas question de lui mettre sous le nez quoi que ce soit de personnel.

Après son espoir déçu avec l’inspecteur Whitmore, Ann s’était résignée à retourner voir Zlotnick. Elle devait l’affronter et vérifier de visu qu’il était toujours enfermé. C’était le moyen de repousser les visions qui empoisonnaient son esprit, mais c’était surtout la seule piste qui pourrait la mener à son père.

 

*

 

Zlotnick était déjà installé quand elle arriva au parloir. Il l’attendait avec impatience, arborant le même sourire malsain.

Revoir la face de gelée fut plus dur que la première fois. Ann se sentit dévorée par son regard avide qui glissait sans gêne sur sa poitrine et ses hanches, détaillant le dessin de ses lèvres. Le violeur l’évaluait avec gourmandise comme une marchandise, imaginant les potentialités de l’article qu’il avait sous les yeux.

Ann lui rendit son regard et l’examina sans détour. Mine dégoûtée, sans masquer sa répugnance, elle remarqua les replis flasques, repéra les boutons disgracieux ; elle s’attarda sur le contour informe du visage trop gras, nota les nuances brunâtres sous les yeux, jaugea la mauvaise qualité de la peau, son reflet huileux. Pas de doute, l’homme qui se tenait là était bien réel. Zlotnick était un détenu arrêté par une vitre, pas une entité capable de s’échapper de son corps pour venir la tourmenter.

Le violeur sembla surpris et un peu décontenancé par l’examen qu’il venait de subir, mais il se reprit vite.

– Bonjour, Ann, dit-il d’une voix sirupeuse, je suis ravi que tu aies décidé de revenir me voir.

Il repéra le sac en papier qu’elle tenait entre ses doigts crispés. Son visage s’illumina.

– Oh, tu m’as apporté un petit cadeau, on dirait. J’en déduis que tu n’es plus fâchée. Je peux voir ?

Ann entrouvrit le sac et l’inclina vers la vitre. Une expression presque extatique s’afficha dans le regard du violeur. Il ne devait pas distinguer grand-chose, mais son imagination s’était emballée. Il commençait à suer.

À sa grande surprise, Ann se sentit souillée par son attitude. C’étaient des sous-vêtements achetés une heure plus tôt, mais elle réalisa que Zlotnick ne voyait pas de différence, pour lui, c’étaient ceux de la jeune femme.

Elle referma le sac d’un mouvement brusque.

– Pas plus ? Fit Zlotnick, d’un air déçu.

Il la jaugea.

– D’accord, je comprends. Donnant-donnant. Je vais te parler de ton père. En échange (il désigna le sac) tu me promets que tu me feras passer ce… cette adorable marque d’attention. Promis ?

Il avait la bouille d’un enfant capricieux, attendant son cadeau.

– Promis, répondit Ann sur un ton sec. Elle n’avait pas l’air d’une gentille maman qui veut contenter son fils.

Zlotnick ajouta, sur le ton de la confidence :

– Ce n’est pas vraiment permis par le règlement, mais il y a un gardien dont je te donnerais le nom. Ton colis arrivera jusqu’à ma cellule, tu peux être rassurée.

Il lui fit un clin d’œil. Elle baissa les yeux. Elle ne pouvait plus supporter ce regard gluant.

– Est-ce que vous savez où est mon père ? dit-elle en fixant le rebord du parloir.

– Bien sûr. Peter m’a parlé de ses projets d’avenir.

Ann redressa la tête.

– Bon, alors où est-il ?

– Il m’a fait promettre de ne les confier à personne. Tu es sa fille et je veux bien faire une exception. Mais je ne peux pas te révéler ses secrets aussi facilement.

Ann lui lança un regard noir. Il ne sembla pas le remarquer.

– Tu sais qui je suis, continua-t-il. Ce que j’ai fait. Tu m’as l’air d’être une fille intelligente. Ta visite est une sorte de miracle pour moi, tu le sais, et tu te doutes bien que j’essaie d’en profiter au maximum. C’est… humain. Je te dirai ce que tu veux, mais avant, tout ce que je te demanderai, c’est de me rendre visite chaque semaine. C’est seulement pour que tu me tiennes compagnie au parloir. Pour toi, ce n’est pas grand-chose.

Ann sentit une boule de feu monter à sa tête. Elle faillit se jeter sur la vitre et lui hurler sa haine.

Zlotnick continuait sur sa lancée, inconscient de l’effet qu’il produisait. Ou insensible.

– Rassure-toi, ce ne sera pas pour très longtemps, j’ai une excellente nouvelle à t’annoncer, mon avocat m’a obtenu une réduction de peine pour bonne conduite. Je sors dans six semaines. Nous allons pouvoir nous voir dans des conditions plus… romantiques qu’ici. Je pourrais te parler de ton père. Et de bien d’autres choses, ma chérie… de bien d’autres choses…

Zlotnick libre ! Ann mit quelques secondes pour réaliser. Elle se représenta Zlotnick passant la porte de la prison avec une seule obsession : la retrouver. Une main de terreur lui broya l’estomac. Elle avait envie de s’enfuir. Mais pour aller où ? Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’il la rattrape ?

Non, elle pouvait en finir ici et maintenant, tant qu’il était bloqué derrière la vitre. Elle devait trouver le moyen de déclencher son pouvoir.

Elle leva lentement la tête. Zlotnick avait remarqué que son annonce avait effrayé la jeune femme et un sourire de satisfaction barrait sa face. Il jouissait de cette peur et fantasmait déjà sur leurs futures retrouvailles à l’air libre.

Ann se redressa. Elle planta ses yeux dans les siens. Née de l’angoisse et de sa répulsion pour Zlotnick, une froide détermination venait de s’emparer d’elle. Elle allait lui effacer son sourire. Pour toujours.

– Vous avez envie de parler, monsieur Zlotnick ? Allez-y, je vous écoute, dites-moi tout ce qui vous passe par la tête.

Le violeur parut surpris par ce brusque changement d’attitude. Il plissa les paupières. Puis sa satisfaction reprit le dessus et son sourire s’élargit.