Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 82
Steven sauta dans sa voiture et s’éloigna en trombe de l’Iceberg, comme s’il prenait la fuite après y avoir dérobé un trésor. Il avait du mal à contenir son excitation.
Rylander avait été déstabilisé quand il avait évoqué la neige. Quelle signification avait-elle pour lui ? Steven n’en savait rien, mais il s’était troublé, il avait eu l’air inquiet et c’était ça l’important.
Steven avait découvert que la neige était fondamentale pour le psychopathe qu’il poursuivait, au point de constituer un élément de son rituel. C’était le logiciel idiot qui avait fait tout le travail. En croisant des dizaines de statistiques, il avait remarqué qu’à chaque date d’enlèvement, il neigeait. Sur le coup, cela paraissait anecdotique, mais si le logiciel avait pris soin d’isoler ce résultat c’est qu’il sortait de la sphère de l’aléatoire. En examinant les données, Steven en était arrivé à la conclusion que le criminel attendait qu’il neige pour commettre ses enlèvements. Ce devait être un rituel auquel le psychopathe se sentait obligé d’obéir.
La réaction de l’homme d’affaires ne pouvait pas être une coïncidence.
Charles Rylander est le psychopathe.
Steven joua avec ces mots pendant un moment. Il avait du mal à le croire : « Charles Rylander est le psychopathe. Charles Rylander est le psychopathe ». Il répéta cette phrase comme un mantra pour en saturer sa conscience, pour ancrer cette vérité en lui.
Il rentra chez lui en baignant dans une euphorie presque intolérable. Il arpenta son salon en état de surexcitation. Puis ses nerfs lâchèrent, il tomba comme une pierre dans son divan. Il se prit la tête entre les mains et resta immobile, les yeux fermés.
Deux ans d’errance, d’efforts et de sacrifices trouvaient enfin leur justification. Son intuition était juste, ses soupçons avérés. Il avait eu raison. Contre tous.
Charles Rylander est le psychopathe. L’affirmation infusait dans son esprit, prenant la consistance d’une vérité absolue.
Enfin, il émergea de son état second. Il se leva et se rendit jusqu’à son bureau. Il poussa la porte. Il avait l’impression d’entrer dans un endroit sacré. Il se campa devant le mur des victimes et regarda les visages les uns après les autres. Il prit une longue inspiration et d’une voix où perçait le triomphe, il leur dit :
– C’est Charles Rylander.