Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 151 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 150

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Steven monta jusqu’à l’appartement. Il sortit les clefs qu’il avait récupérées dans le manteau de Ann et entra.

Il ressentit la même impression d’écœurement que la première fois devant l’état de dévastation dans lequel Rylander avait laissé les lieux. Il eut un flash : Ann ouvre la porte et découvre le spectacle de désolation. Après le viol de la perquisition, la folie vengeresse du psychopathe.

Steven s’avança dans la pièce. Voir son piano massacré avait dû anéantir Ann. Rylander n’y était pas allé de main morte. Quelle fureur dans la destruction, quel acharnement ! Comme s’il avait su exactement comment faire le plus de mal à Ann.

Steven laissa fureter son regard. Il laissait son instinct le guider, lorsqu’une petite lumière rouge clignota dans le coin de son œil. Il tourna la tête, c’était le répondeur. Il s’approcha et appuya sur « Play ».

Il entendit une longue plage de silence avec, en bruit de fond, une respiration, puis une voix d’homme commença à parler sur un ton hésitant : « Ann, c’est moi… Peter… enfin, ton père. J’ai appris que tu cherches à me rencontrer. (Nouveau silence, on sentait la difficulté à poursuivre.) Ça ne me disait rien… Ne crois pas que je n’ai pas envie de te revoir, c’est parce que j’essaie de vivre sans remuer ce… enfin, ce qui s’est passé. Et je crois que tu veux justement me parler de ça… Et puis j’ai réfléchi, je comprends que c’est très important pour toi. Je pense que tu as le droit d’entendre ce qui arrivé à ta mère et mon rôle dans tout ça, par ma bouche. (Nouveau silence.) Passe me voir, si c’est ce que tu veux. Voici mon adresse : j’habite à Wells dans le Maine... »

Steven laissa filer la fin du message, abasourdi. Il vérifia la date d’enregistrement : trois heures avant qu’il offre à Ann le morceau de papier avec l’adresse de son père. L’évidence le frappa : Ann savait où Peter Milande habitait avant qu’il se résigne à le lui révéler.

Après que Steven soit passé chez lui, Peter Milande avait peut-être éprouvé du remords à s’être confié à un inconnu, fut-il de la police. Il avait décidé d’appeler sa fille et lui avait laissé son adresse sur le répondeur.

Steven avait peur d’oser croire ce qu’il devait en conclure. Elle n’a pas utilisé son pouvoir sur moi !

Elle n’en avait pas eu besoin. Comment avait-il pu croire qu’elle ferait une chose pareille ? L’immense chape de plomb qui l’écrasait se désintégra. Le poids de la menace d’une fin sordide s’évanouit. Il se redressa et éclata de rire. Un rire de soulagement presque hystérique. Un sentiment d’euphorie l’envahit, il se sentait animé d’une nouvelle rage de vivre.

Ann avait sûrement testé sa confiance en lui réclamant l’adresse. Elle avait dû se sentir trahie devant son refus et la révélation de sa visite chez son père avait été le coup de grâce. Quand il lui avait tendu le papier, c’était trop tard, il l’avait blessée trop profondément. Elle était partie en colère en lui laissant croire qu’elle avait fouillé son cerveau pour obtenir l’adresse.

Mais c’était sans importance, une seule chose comptait. Elle n’a pas utilisé son pouvoir sur moi.

Steven fut pris d’une irrépressible envie de quitter cet endroit défiguré où planait l’ombre du psychopathe. Il se dirigea vers la sortie, il voulait s’éloigner des abattoirs Stammers imprégnés de l’odeur de Rylander et fuir cette zone maudite empestant la mort. C’est alors que son regard tomba sur l’enveloppe jaune. Elle gisait dans les ruines du piano. Il l’avait remarquée dès sa première visite et au cours des suivantes, toujours au même endroit sur le capot de l’instrument où elle jurait comme une fausse note.

Il s’avança, se pencha et tendit la main pour la ramasser. Son téléphone sonna à cet instant. Il suspendit son geste, se releva et prit l’appel :

– Inspecteur Whitmore, dit-il.

– Oui, bonjour inspecteur. C’est le docteur Roberts. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer.

– Je vous écoute.

– Elle s’est réveillée. Elle veut vous parler. D’urgence.