Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 148 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 147

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L’ambulance était arrivée et avait enlevé le corps de Ann.

Le lendemain matin, Steven se rendit au bureau. Il n’était plus qu’un mort-vivant : un mort qui s’étonnait d’être encore vivant, un vivant qui se demandait pourquoi il n’était pas déjà mort.

Il n’acceptait pas la disparition de Ann, refusait son choix de s’être condamnée elle-même. Il se sentait dans un état étrange, car c’était une question de jours voire d’heures avant qu’il la rejoigne. Sans la présence de Ann dans sa vie, il accueillait avec soulagement la mort qu’il redoutait quelques heures plus tôt.

Le temps qu’il lui restait à vivre, il comptait l’employer à comprendre. Des zones floues entouraient encore Ann et il était venu les dissiper. C’était un moyen de la maintenir vivante jusqu’au bout, même si sa tentative était aussi vaine que vouloir tenir une ombre à bout de bras.

Et puis il était flic. Examiner des coïncidences, des témoignages, des listes de suspects, c’était tout ce qu’il savait faire. Après tout, il était peut-être un type pour qui la vie n’est qu’une succession d’enquêtes. Il lui restait à mettre sa signature au bas du rapport de sa dernière affaire pour pouvoir tourner la page. Pour toujours.

Au bureau, les gens restaient à distance en voyant sa tête d’enterrement. Ils devaient penser que sa peine s’expliquait par une découverte faite lors d’une perquisition dans le bureau de Rylander au siège de sa société. Les policiers avaient trouvé un dossier sur Steven contenant une photo où on le voyait en compagnie de Karen Swanson, l’une des victimes, et où la nature de leur relation était facile à deviner.

Même Grasso et Ehlinger la mettaient en veilleuse. Ils avaient compris qu’il était plus prudent d’éviter les sarcasmes et autres piques malveillantes. Personne ne se doutait que c’était Ann qui occupait ses pensées.

Graziedei était sorti. Walsh était fourré au 7e Ciel, il tentait sûrement de convaincre sa hiérarchie qu’on lui devait le succès de son inspecteur. Tout cela tombait fort bien, Steven put se replonger dans les dossiers toute la matinée sans être dérangé. C’était étrange de constater comme tout avait basculé en quelques jours. Il lui semblait si loin le temps où Ann Milande et son cortège de suicidés n’étaient qu’un obstacle entre lui et la seule affaire qui comptait vraiment : Charles Rylander.

C’était à cause de cela qu’il avait négligé de porter son attention sur le dossier qu’il avait sous les yeux. Mais s’il l’avait lu plus tôt, il n’en aurait rien tiré d’essentiel, alors que les faits qu’il découvrit prirent une dimension bien plus dramatique.

C’était un formulaire SF91 : le rapport de déclaration de l’accident entre Ann et John Spivak. Steven examina le schéma qui représentait les deux voitures en situation sur la route, puis il lut le commentaire de John Spivak :

« La Toyota (véhicule 2) arrivait très vite. Devant moi, j’ai vu la conductrice donner un grand coup de volant à droite. Sa voiture a fait un brusque écart vers le ravin puis elle a dévié et elle est venue s’encastrer dans la mienne ».

Steven relut le passage : « J’ai vu la conductrice donner un grand coup de volant à droite.

Un mauvais pressentiment l’envahit. Il ouvrit Google Maps. Il voulait voir à quoi ressemblait le lieu de l’accident. L’adresse était : Route 120, en Pennsylvanie. Quelqu’un — sûrement le policier qui avait fait le constat — avait rajouté les coordonnées GPS en marge sur le formulaire pour préciser l’endroit. Heureusement, car les indications faisaient atterrir sur une route perdue dans la Sproul State Forest.

Steven bascula en mode Street View afin de se téléporter sur les lieux. Il se matérialisa sur une belle route bordée de feuillus à travers de douces collines, avec d’un côté une paroi abrupte en rocher et de l’autre une vue plongeante sur la superbe Susquehannah River. C’était très joli, très bucolique, mais pourquoi Ann était-elle allée dans un endroit pareil ? Elle n’avait pas du tout le profil de la randonneuse en manque de nature.

« J’ai vu la conductrice donner un grand coup de volant à droite ».

En jouant sur les flèches du logiciel, Steven progressa par à-coups en s’imaginant à bord de la voiture de Ann. Il s’arrêta sur un endroit. C’était là, il en était sûr : une barrière ininterrompue courait tout le long de la route sauf à un endroit où un chemin abrupt descendait à la rivière située plusieurs dizaines de mètres en contrebas. Pour l’emprunter, on voyait qu’il fallait ralentir et s’y engager avec prudence.

« La voiture arrivait très vite. La conductrice a donné un grand coup de volant à droite ».

Steven comprit ce qui s’était passé dans la tête de Ann. Sa virée avait tout du dernier voyage. Elle avait dû rouler au hasard des routes, puis elle avait estimé que le moment était venu.

Ann avait voulu se jeter dans la rivière.