Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 48
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Charles Rylander se laissa tenter par le châteaubriant servi avec ses pommes soufflées. Il l’accompagnerait d’un Château Margaux 1995.
À son entrée dans son restaurant habituel, son nez tuméfié lui avait valu quelques coups d’œil intrigués. Pour couper court à toute spéculation, il avait balancé, tout sourire, une histoire de chute dans sa salle de sport aux quelques connaissances qui l’avaient salué.
Charles Rylander était de bonne humeur. Sa petite confrontation avec l’inspecteur Whitmore avait été une vraie partie de plaisir. Pour un athlète comme lui, les coups qu’il avait reçus n’étaient rien comparés à la satisfaction d’avoir vu son adversaire craquer.
Il fit rouler une gorgée de vin sur son palais. Il avait faim. Il empoigna ses couverts. Au moment d’attaquer le châteaubriant, il aperçut Whitmore à l’entrée de la salle. Il présentait sa carte de police au maître d’hôtel, puis, sur l’indication de ce dernier, il se dirigea vers sa table.
– Vous allez encore me taper dessus ? dit Rylander avec dédain quand l’inspecteur se planta devant lui.
– Vous êtes venu fouiner chez moi, attaqua Steven.
– Pardon ?
– Espèce de salaud !
Steven avait élevé la voix. Quelques têtes se tournèrent. Rylander leur rendit un aimable sourire avec un air qui disait : « Ne vous en faites pas, c’est insignifiant, c’est un manque de savoir vivre ».
– Tsssss ! fit-il entre ses dents. N’aboyez pas comme ça, nous ne sommes pas à la cantine de la police. J’espère que vous vous rendez compte que c’est uniquement votre insigne qui vous a permis de mettre un pied dans cette salle.
Steven tira une chaise et s’assit, sous l’œil désapprobateur de Rylander.
– Vous êtes entré chez moi et vous avez fait une copie de la photo de Karen Swanson !
– Je suis désolé, dit Rylander en enfournant une bouchée de viande, je ne vois pas de quoi vous parlez.
Steven balança la photo « Rylander » sur la table. Rylander y jeta un bref coup d’œil.
– Ah, ça !
Il reporta son attention sur Steven.
– Je ne comprends pas, vous m’accusez de m’être introduit chez vous et d’avoir quoi ? … sorti une copie de cette photo ? Vous êtes sérieux ? C’est une accusation grave, inspecteur Whitmore. Et vous vous basez sur quoi ? Sur rien, c’est évident. Vous n’avez aucune preuve, sinon vous ne vous contenteriez pas de m’asséner vos affirmations.
Il but une gorgée de vin. Il avait l’air très calme, pas inquiet le moins du monde. Steven contenait mal sa fureur.
– Alors comment vous êtes-vous procuré la photo de Karen Swanson ? gronda-t-il.
Rylander reposa son verre.
– Vous savez que vous êtes très prévisible, inspecteur Whitmore ? Vous commencez donc à être ennuyeux. Vous vous imaginez qu’il vous suffit de débouler et de montrer vos petits muscles pour m’impressionner ? Vous me décevez. On m’a dit que vous êtes un policier brillant. Mais si vous, inspecteur, vous sortez du lot, il y a de quoi s’inquiéter sur le niveau de vos collègues.
– Répondez à ma question.
– Pourquoi ? Je ne vois pas en quoi ça vous regarde. Je me suis contenté de vous montrer une photo. Ai-je fait quelque chose de répréhensible ?
Steven restait sans rien dire, toisant l’autre. Rylander croisa ses mains au-dessus de la table :
– Parce que si c’est le cas, arrêtez-moi. Interrogez-moi en bonne et due forme.
– Il n’existe qu’un exemplaire de la photo. Elle se trouve dans mon bureau. Vous vous êtes forcément introduit chez moi.
– Écoutez, vous n’en avez pas la preuve. Et quand bien même, ce n’est pas le plus important, réfléchissez-y.
– Vous avez utilisé ma relation avec Karen pour me provoquer, espèce d’enfoiré.
– Allons, ne soyez pas grossier, inspecteur, dit Rylander sur un ton affable. Vous devez avoir faim, c’est ce qui vous rend irritable. Prenez une bouchée. Ils ont un petit menu à 250 dollars qui devrait vous convenir.
– Je vous le ferai payer, dit durement Steven.
– Votre repas ? N’y comptez pas !
– Ce que vous avez fait, continua Steven, ce que vous avez dit sur Karen !
Rylander se figea et fixa Steven dans les yeux.
– Peut-être est-ce moi qui vous fais payer ce que vous m’avez fait. Peut-être que c’est vous qui êtes allé trop loin. Vous y avez pensé à ça ? Vous êtes allé voir mon ex-femme pour qu’elle vous parle de moi. De quel droit ? Qui êtes-vous pour le faire ? Vous n’avez plus de mandat officiel sur cette enquête de disparition, monsieur Whitmore.
– Et vous l’avez frappée.
– Que vous dites. Encore une accusation sans preuve. Et Susan n’a pas porté plainte, que je sache.
– Parce que vous la terrorisez.
– Écoutez, vous savez ce que vous, vous êtes en train de faire ? Ça s’appelle du harcèlement. Je pourrai passer un coup de fil à mon avocat.
– Pourquoi vous ne le faites pas ?
Rylander lui offrit un large sourire.
– Pour le jeu, inspecteur, pour le jeu. Si je vous poursuis en justice, Turner va se débrouiller pour qu’on vous colle une interdiction de m’approcher. Vous n’aurez même plus le droit de me regarder quand je passe à la télé. Ce ne serait plus drôle.
– Vous êtes cinglé, Rylander.
– Pourquoi pas ? Nous laisserons à mes biographes la liberté d’en décider. En attendant, voici où nous en sommes. Je sais que vous avez rendu visite à mon ex-femme. Par contre vous, vous en êtes réduit à supposer que je me suis introduit chez vous par effraction. Vous dites que j’ai battu Susan, mais vous n’en avez pas la preuve. (Il pointa son index vers son nez.) Moi, je n’ai aucun doute que c’est vous le responsable de ceci.
Incapable de répliquer, Steven lui lança un regard noir.
– Le manque de preuves, reprit Rylander, je sais qu’au plus profond de vous-même, c’est un poison qui vous ronge.
Rylander souleva son verre et le fit tourner dans la lumière. Des reflets rouges miroitèrent dans le liquide.
– C’est en cela que réside toute la beauté du jeu.
Et il but une gorgée de vin. Steven en avait assez. Il recula sa chaise et se leva. Il pointa un doigt menaçant vers Rylander.
– Je ne vous lâcherai pas, dit-il, en grondant. Il tourna les talons et il s’éloigna. La voix de Rylander le rattrapa :
– Je l’espère bien… Steven.