Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 101
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Six heures du soir. Steven attendait Ann au Red Tack. Ils devaient établir la stratégie à adopter pour aborder Rylander. Elle avait exclu qu’ils se voient aux abattoirs, elle ne s’y sentait plus chez elle. Il lui avait proposé de venir à son appartement, mais elle avait refusé, prétextant que l’ombre des huit femmes disparues la mettait mal à l’aise.
Près de vingt-quatre heures s’étaient écoulées depuis qu’ils s’étaient vus. Dans quel état d’esprit était-elle ? Peut-être allait-elle lui annoncer qu’elle avait changé d’avis. Si c’était son choix, il savait qu’il en serait soulagé. Il n’avait jamais été aussi près de coincer Rylander, mais il redoutait les effets sur Ann de la confrontation qui se préparait.
Comme il ne savait pas comment elle prendrait la nouvelle, il avait décidé de lui cacher son renvoi imminent de la police. Et puis tant qu’il n’avait pas rendu son arme et son insigne, il serait flic jusqu’à la dernière seconde.
Il jouait avec le bout de papier de l’adresse de Peter Milande. Voudrait-elle qu’il la lui donne dès son arrivée ? Si c’était le cas, cela montrerait à quel point le marché qu’ils avaient conclu était important pour elle. Ça ne l’arrangeait pas du tout. Il ne voulait pas croire qu’elle mettrait en balance la capture de Rylander avec une visite chez son père. Il ne savait pas trop comment il réagirait.
Il la vit entrer. Il fit disparaître le bout de papier dans sa poche.
Elle s’assit devant lui, chargée d’électricité comme si la foudre venait de la frapper.
– Ça va ? lui dit-il, inquiet.
Elle lui fit un petit oui de la tête, mais son air angoissé montrait le contraire.
– Ann, il est encore temps. On peut s’arrêter là. Rien ne t’oblige à le faire.
– Mais il continuera à enlever des femmes. Que faut-il que je fasse ?
Elle le regarda franchement. Il la considéra un moment, sentant que son assurance n’était que de façade. Il s’éclaircit la voix.
– D’après ce que tu m’as dit, ton pouvoir se déclenche quand ton interlocuteur repense à quelque chose qui est important pour lui : Spivak, sa vie brisée ; le docteur Matthews, son patient ; ton amie, sa fille…
– Zlotnick, ses viols.
Il vit son visage s’assombrir. La suite ne risquait pas d’arranger les choses.
– Dans le cas de Rylander, tu dois l’amener à penser à ses victimes. Si, à ce moment-là, ton pouvoir te donne l’accès à ses souvenirs, tu ne manqueras pas d’éléments qui prouvent sa culpabilité.
– Et comment dois-je m’y prendre ?
Steven regarda la table.
– C’est là le problème, tu n’es pas le type de femme qui le fait fantasmer.
– Désolée. Je pourrais peut-être mettre une perruque blonde ? Et sourire ?
– Ann, je…
– Excuse-moi, c’est parti tout seul.
– Ce que je veux dire, c’est que ce genre de psychopathe réagit à un type de physique très précis de femmes. En te voyant, il sera surpris, méfiant, mais ta simple apparition ne le fera pas basculer dans son imaginaire… spécial. Je crains que tu sois obligée d’engager la conversation en espérant qu’il dérive jusque…
– Je ne m’en sens pas capable. Je ne saurais pas quoi lui dire…
– Je sais. Ce n’est pas facile. J’ai pensé qu’on pourrait mettre au point un certain nombre de phrases clefs que tu pourrais lui sortir et…
– Ça ne marchera pas. J’en oublierai la moitié, je le sais. Il sentira que c’est un piège.
– C’est fort possible. Mais contrairement à ce que tu penses, ce petit jeu peut l’intriguer. C’est son genre. Il sera curieux de voir où ça le mènera. Il aura envie de jouer de la situation…
– Comment ça, jouer ?
Elle avait froncé les sourcils.
– Rylander est très habile pour essayer de déstabiliser les gens. Ça l’amuse...
Steven se rendit compte qu’elle ne tiendrait pas le choc.
– Écoute Ann, voici ce que je te propose. On ne va pas faire dans la subtilité. Oublions les phrases clefs. Je crois que le mieux serait que tu évoques le plus rapidement possible ses victimes. Espérons que le simple fait d’entendre leurs noms sera suffisant pour faire remonter des souvenirs et déclencher ton pouvoir.
Il lui prit la main.
– Qu’on soit bien d’accord, dès que tu as la moindre preuve, tu n’insistes pas, tu décroches. Mais surtout, si tu ne te sens pas bien, tu arrêtes tout. Preuve ou pas preuve, on s’en fout, c’est toi qui passes avant tout, Ann. C’est bien compris ?
Elle le regarda droit dans les yeux.
– Compris.