Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 157
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Steven guettait la réaction de Ann. Elle fixait le rectangle jaune d’un air résigné, absent. Elle se taisait.
– J’ai parlé avec le docteur Carlson, dit Steven d’une voix hésitante. Il m’a expliqué au sujet de tes doigts et… du piano.
Il vit ses mains se recroqueviller comme des fleurs se fanant. Ann les ramena lentement sous son drap. Le plus dur restait à dire :
– Je… j’ai lu le rapport de ton accident avec la description de Spivak de ce qui s’est passé. Il affirme t’avoir vu donner un brusque coup de volant vers le ravin et…
Il avança la main et lui releva le menton, il voulait voir ses yeux :
– Ann, je sais que le piano était la chose la plus importante pour toi. Et c’est pour ça que…
–… j’ai voulu me jeter dans la rivière ?
Elle planta ses yeux dans les siens.
– Et tu crois que je vais recommencer, c’est ça ?
C’était bien la pensée qui lui tordait l’estomac. Il baissa la tête.
– Idiot.
Il la releva, comme si elle lui avait donné une tape sur le front. C’est alors qu’il vit une chose à laquelle il ne s’attendait pas. Un sourire espiègle arquait les lèvres de Ann.
– Tu es sûr que tu es fait pour être policier ? dit-elle, parce que je me pose sérieusement la question. Je me demande si tu as bien noté comme j’ai été ravie de t’annoncer que je n’ai plus rien à craindre des effets du pouvoir. J’ai même passé plusieurs jours à t’en convaincre pour te rassurer.
Elle se pencha vers lui.
– Alors, tu penses vraiment, toi, le soi-disant brillant inspecteur, que je suis très contente de ne plus être condamnée à me suicider pour pouvoir le faire volontairement ?
Steven la regarda, stupéfait. Elle lui offrit un sourire lumineux comme il n’en avait jamais vu.
– Je ne sais pas si tu as remarqué, reprit-elle, mais depuis ma première tentative, quelqu’un est arrivé dans le décor, pas très doué pour choisir des vêtements, c’est certain, mais impossible de l’ôter de ma tête. En fait, je n’arrête pas de penser à lui.
Il ne pouvait y croire. Il n’était pas rassuré, pas encore.
– Et le piano ?
Elle sortit ses mains de sous les draps, saisit l’enveloppe et l’envoya voler dans la pièce.
– C’est un instrument merveilleux, mais il n’a jamais été qu’un moyen pour entendre la musique qui est en moi. Je ne jouais que pour moi, rien que pour moi. Mais je crois que j’aimerais partager ma musique et il n’est pas nécessaire d’être un virtuose pour en écrire. Je suis très triste de ne plus pouvoir faire courir mes doigts sur le clavier, c’est certain, mais (son sourire s’élargit) je survivrai…
Elle lui prit les mains et plongea ses yeux verts dans les siens.
– Steven, je n’ai pas l’intention de disparaître, en tout cas, pas en Alaska. Je veux rester… avec toi.
– Ann… ! dit Steven.
Ils s’abandonnèrent à cet instant, se nourrissant simplement l’un de l’autre.
– Au fait, tu n’as pas oublié de l’apporter ? demanda-t-elle d’un ton léger.
Il sursauta, ramené à la réalité.
– Tu ne perds pas le nord ! Non, bien sûr, c’est trop important.
Il tira le sac à lui. Il fouilla dans les vêtements sans ménagement sous le regard consterné de Ann et en sortit une boîte d’olives noires. Il la posa sur la tablette. Ann s’en empara comme un oiseau de proie et fit gicler le couvercle. Avec une cuillère en plastique, elle cueillit une olive qu’elle tendit à Steven.
– Je me suis dit que ce serait bien de fêter la fin de la menace du pouvoir. Et… et nous deux. Quoi ?
La mine effarée, Steven pointait un index sur la boule noirâtre qui tremblait au bout de la cuillère.
– Faire la fête, avec ça ? Tu rigoles ? Écoute, je ne suis peut-être pas doué pour choisir une garde-robe, mais je n’ai pas l’intention de te confier le département festivités. Tu as fait tes derniers examens ?
– Oui.
– Tu n’as plus rien à faire ici ?
– Non.
– Alors, qu’est-ce qu’on attend pour foutre le camp ?