Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 45 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 44

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44

 

Par la verrière, Ann le regarda traverser le parking. Pendant une seconde, il leva les yeux dans sa direction, puis il monta dans son véhicule. Une fois qu’il fut parti, Ann se mit à arpenter son appartement.

L’inspecteur Whitmore ne lui serait d’aucune utilité pour trouver son père. Point à la ligne. Elle avait remarqué qu’il éprouvait un petit quelque chose pour elle et avait espéré que cela serait suffisant pour qu’il accepte de l’aider. Après tout, elle ne lui demandait pas de commettre un meurtre, seulement de lui donner une adresse. Mais le miracle n’avait pas eu lieu, sa méfiance de policier avait pris le dessus. Ann était déçue, même si elle comprenait son attitude et pouvait difficilement la lui reprocher.

En pleine réflexion, elle revint s’échouer contre la verrière. Le soleil avait rendu l’âme et la zone baignait dans son ambiance habituelle de fin du monde. Ann chassa l’inspecteur de ses pensées, elle ne devait pas compter sur lui. Son esprit se mit à filer à une vitesse vertigineuse au-delà des bâtiments plongés dans l’ombre jusqu’à la prison de Lucasville. L’estomac noué, Ann prit conscience que l’espoir le plus concret de découvrir le début d’une piste qui la mènerait à son père se trouvait là-bas, derrière une vitre blindée.

Tout à coup, elle poussa un cri. D’un bond en arrière, elle se détacha de la verrière. Il était ici, en face ! Elle venait de le voir. Zlotnick était chez Bennett ! Il l’observait par une fenêtre, sourire aux lèvres.

Elle se plaqua le dos au mur. Son cœur battait à tout rompre. Manquant d’air, elle haletait, sa poitrine montait et descendait comme un soufflet de forge.

Non, c’est impossible. Zlotnick est en prison.

Elle se répéta qu’il ne pouvait être là, que c’était insensé. Ça avait été si bref. À peine un quart de seconde. Même si ce n’était pas Zlotnick, quelqu’un l’observait, caché dans l’immeuble de chez Bennett.

Et si je rappelais l’inspecteur Whitmore pour qu’il aille vérifier ? pensa-t-elle. Il n’est pas si loin. Elle écarta l’idée aussitôt. Il la prendrait pour une folle. Elle n’avait pas besoin de ça.

Elle se décolla du mur contre lequel elle s’était plaquée et se rendit dans la deuxième pièce sans allumer l’interrupteur. Elle se glissa jusqu’au coin de la verrière. Elle inspira un grand coup et risqua un œil. Le bâtiment de chez Bennett était plus bas que le niveau de son appartement. Elle repéra l’endroit de l’apparition. L’intérieur était plongé dans le noir, quelques reflets blafards moiraient les vitres.

Ann concentra son attention pendant une minute. Rien. Elle fit courir son regard sur les fenêtres contiguës, explora la rue. Elle sursauta plusieurs fois, croyant voir bouger quelque chose, mais avec un peu d’imagination, n’importe quelle forme évoquait une silhouette humaine tapie dans l’obscurité.

Au bout d’une demi-heure, elle s’aperçut qu’elle grelottait. Rien de suspect n’était réapparu.

Elle se rendit à la cuisine et se fit un thé brûlant. Elle avait fini par se calmer. Elle essaya de repenser aussi froidement que possible à ce qu’elle avait vu, ou plutôt, avait cru apercevoir, car elle n’était plus très sûre. Cela avait été si bref. Un visage, vraiment ? Celui de Zlotnick lui souriant à cette distance ? Plutôt une vague forme blanche. Un simple reflet dans la vitre. Ou un jeu de son esprit. Après tout, quelques heures plus tôt, elle avait été victime d’une hallucination où le visage de Zlotnick avait foncé sur elle. L’apparition de chez Bennett devait être une sorte d’écho visuel.

Ann se sentait épuisée, la journée l’avait tuée. Elle se déshabilla et se laissa tomber dans son lit. Malgré la fatigue, elle ne put s’empêcher de ruminer son entretien avec Zlotnick, de repenser aux hallucinations qui l’avaient poursuivie jusque chez elle.

Elle tenta de chasser ces images. Elle ne parvint qu’à les pousser dans ses rêves. Bien entendu, Zlotnick vint la tourmenter : c’était bien lui, en face chez Bennett, qui l’observait en ricanant.

Au milieu de la nuit, la tête enflammée réveilla Ann en sursaut. Un mauvais pressentiment l’habitait. Elle sortit de son lit et, pieds nus, elle s’approcha de la verrière. Elle glissa un œil au-dehors. La façade de chez Bennett était plongée dans le noir.

Elle se laissa glisser jusqu’au sol et s’adossa au mur. Elle enfouit sa tête entre ses mains.

Suis-je en train de devenir folle ?

Elle resta prostrée dans une demi-conscience, essayant d’échapper à la réalité et redoutant de sombrer dans son sommeil hanté. Enfin, tourmentée par des courbatures, elle se releva. Son regard tomba sur l’enveloppe jaune qui gisait sur le piano.

Ce ne sera plus très long. Bientôt tout sera fini.