Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 107 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 106

 

Minuit passé. Steven tambourinait avec impatience sur son volant. Cela faisait deux heures qu’il guettait l’arrivée de Chuck en rongeant son frein. Chaque minute qui s’écoulait augmentait les chances de Rylander de réussir sa fuite, si c’était l’option qu’il avait choisie. Contenant mal sa rage, il imaginait le psychopathe dans quelques mois ou années, caché dans un endroit du monde sous une fausse identité, avec quelques millions en réserve, reprenant en toute discrétion ses activités de tordu.

Enfin, des phares trouèrent l’obscurité sur la route principale. Le véhicule ralentit et tourna pour s’engager lentement sur le chemin qui menait à l’entrée de l’ancienne biscuiterie. Steven fit quelques brefs appels de phare. Deux minutes plus tard, le pick-up déglingué se gara à côté de lui. Un grand maigre aux yeux lavasses en descendit, les cheveux cachés sous un bonnet. Chuck était un délinquant de petite envergure, vaguement dealer, vaguement voleur, vaguement informateur de Steven. Ce dernier avait assez fermé les yeux sur ses petits trafics pour que Chuck se sente obligé de lui filer un coup de main.

Il détailla la clôture de grillage et pointa un index vers la masse sombre de l’usine.

– Alors vous voulez que j’entre là-dedans, illégalement. Je me souviens plus, vous êtes pas censé être vaguement du côté de la loi, inspecteur ?

– Je ne te force pas.

Mais Steven le regardait avec un air qui affichait le contraire. Chuck se gratta un début de barbe mal entretenue. Vu ce que le flic pouvait sortir sur lui, il savait qu’il n’avait pas vraiment le choix.

– Je risque quoi, moi, avec mon ardoise chez la justice ?

– Pas grand-chose, je te promets, quand j’aurai dit au juge que grâce à toi, on a arrêté un dangereux criminel. Un peu de sursis, une tape sur les doigts…

– Et le salut de mon âme dans tout ça ?

– Ta conduite de ce soir remettra tes compteurs à zéro devant l’Éternel, je te le garantis. Rassuré ?

Chuck fit une moue.

– Vaguement.

Il prit une grosse pince coupante, un pied-de-biche et une lampe de poche à l’arrière de son pick-up, puis les deux hommes se dirigèrent vers la clôture.

– Bon, fit Steven, tu es censé entrer pour repérer si tu peux récupérer quelque chose d’intéressant. Fais comme si je n’étais pas là.

– C’est pas juste, inspecteur. Vous allez voir tous mes trucs.

– Je ne regarderai pas, je te promets, dit Steven sans détourner les yeux.

Chuck longea la clôture principale sur la droite sur une trentaine de mètres, suivi par Steven. Il se campa devant le grillage, brandit la pince et jeta un rapide coup d’œil aux alentours en faisant semblant de ne pas voir Steven.

– Pas de flic à l’horizon.

Il entailla le rideau métallique sur une hauteur d’environ un mètre cinquante. Puis il donna une volée de coups de botte pour élargir le trou. Il déposa la pince contre la clôture et contempla son œuvre.

– Des années de pratique pour en arriver là.

– Vas-y, entre, lui dit Steven.

Chuck prit un air méfiant.

– C’est pas un coup foireux ? Vous allez pas me passer les menottes dès que j’aurai mis un pied de l’autre côté ?

Steven éclata de rire.

– Un piège d’une redoutable sophistication pour coffrer l’ennemi public numéro un : Chuck Fisher ! La route pour Washington s’ouvre à moi ! Allez, grouille.

Les deux hommes franchirent le grillage et s’approchèrent du bâtiment central. Quelques minutes plus tard, Chuck avait enfoncé une porte avec son pied-de-biche et ils entrèrent dans l’usine. Chuck alluma sa torche.

– Alors, qu’est-ce qu’on cherche ? dit-il d’une voix qui résonna dans l’espace.

– Une citerne, quelque chose dans le genre.

– Dans ce genre-là ?

Chuck balaya les environs avec sa lampe. Steven suivit les rayons lumineux qui se reflétèrent sur des dizaines de cuves en inox de toutes tailles.

– Vaguement, dit Steven, un peu découragé.

L’idée était de trouver un repaire dont Rylander aurait dissimulé l’accès depuis des années. À deux, ça peut prendre des heures ! pensa Steven.

Ils s’avancèrent dans le bâtiment, balayant à coups de lampe les vestiges de l’activité industrielle. De longs tapis roulants s’entremêlaient en un réseau complexe qui sillonnait la salle sur toute sa longueur, des chaînes automatisées hors d’usage se croisaient dans les airs. Partout reluisaient des cuves de toutes les tailles.

– Étonnant que tout ce matos soit encore là, commenta Chuck.

Steven approuva en silence. Une volonté de Rylander pour rendre sa cachette plus difficile à trouver ?

Après avoir arpenté l’usine une première fois sans rien découvrir, ils en étaient à repasser les salles l’une après l’autre avec attention. Ils se séparèrent pour doubler leurs chances.

Déjà une heure écoulée. Steven s’imaginait Rylander dans son avion privé, cap sur l’impunité. La recherche s’avérait plus difficile que prévu. Steven avait cru, un peu légèrement, qu’une citerne serait facile à trouver. Il regrettait de n’avoir pas demandé plus de précisions à Ann. Au fait comment allait-elle ? Il s’était totalement absorbé dans la chasse au Rylander et avait négligé de prendre de ses nouvelles. Il hésita à l’appeler et décida d’attendre d’avoir du concret, afin qu’elle sache que son épreuve avait été utile. Encore une petite demi-heure de recherche, et s’ils ne trouvaient rien, il lui passerait un coup de fil.

Il éclairait le dessous d’un four géant lorsqu’il entendit Chuck crier son nom, multiplié par l’écho. L’appel provenait du fond du bâtiment, la partie la plus ancienne de l’usine.

Steven entra dans la vieille chaufferie. Assis sur un gros bac en plastique retourné, Chuck attendait tranquillement. Il tourna la tête à l’arrivée du flic. Plusieurs énormes citernes s’alignaient les unes à côté des autres, reliées par un réseau inextricable de canalisations. Ils avaient déjà inspecté l’intérieur des cuves. Ça n’avait rien donné. Auraient-ils mal fouillé ?

– Tu as trouvé quelque chose ?

– Vaguement, dit mollement Chuck. Il braqua sa grosse lampe sur un empilement de palettes dans un coin.

– Il y a ce tas-là, dit-il. À première vue, il ressemble à un tas de palettes. Sauf qu’on peut se demander ce qu’il fait là.

Steven essaya de suivre son raisonnement. En s’y attardant, on pouvait déceler quelque chose d’artificiel dans le fait d’avoir déposé les palettes à cet endroit. C’était un peu léger, mais au point où ils en étaient...

– Pourquoi tu n’as pas commencé à les dégager ? dit Steven en s’avançant vers le tas.

Chuck agita les doigts.

– Je ne voudrais pas laisser d’empreintes.

– C’est toi qui es censé faire les découvertes. Au boulot.

De mauvaise grâce, Chuck le rejoignit en traînant des pieds. Les deux hommes déblayèrent rapidement le tas de palettes. Ils mirent à jour un couvercle en métal rouillé d’environ un mètre de côté scellé dans le sol. Un gros cadenas en condamnait l’ouverture. Steven sentit son cœur bondir : une citerne enterrée.