Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 38
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Pourquoi attaquer une proie dans son terrier alors qu’elle s’y sent en confiance et protégée ? Mieux vaut attendre qu’elle soit à découvert et vulnérable pour la prendre par surprise.
C’était la réflexion qui tournait dans la tête de Steven. Il avait garé son véhicule parmi les gros SUV et les berlines de luxe des parents qui attendaient devant l’école.
Enfin, les enfants jaillirent dans un joyeux chahut. Certains coururent aux voitures, d’autres se précipitèrent pour faire la queue devant la portière des bus scolaires.
Le docteur Nancy Frauman faisait partie des courageux parents qui avaient osé braver le froid pour accueillir leurs enfants. Elle était emmitouflée dans un lourd manteau, un bonnet sur la tête.
– Docteur Frauman ?
Elle se retourna. C’était une femme d’une quarantaine d’années. Quelques mèches frisées de cheveux noirs mêlés de gris s’échappaient de son bonnet et encadraient deux grands yeux surpris.
– Oui ? dit-elle, en dévisageant l’inconnu qui la dominait de sa haute taille.
Steven montra sa plaque.
– Inspecteur Whitmore, de la police criminelle. Je sais que l’endroit est mal choisi, mais j’aimerais vous poser quelques questions.
– Ici ? Nous pourrions plutôt nous voir dans mon cabinet et…
Surtout pas, pensa Steven, pas dans votre tanière, pas sur votre territoire.
À découvert et vulnérable.
– Je crains d’avoir peu de temps, dit-il avec une certaine gravité.
– J’attends mes enfants, dit-elle l’air contrarié, en guettant la sortie de l’établissement. Et je…
– Oui, Lisa et William. Ils sont concernés.
Nancy Frauman tourna la tête vers Steven.
– Mes enfants ? Concernés par quoi ?
– Désolé d’être un peu brusque, mais le temps presse. Je vais vous montrer des photos. Je vous préviens, elles ne sont pas belles à regarder.
Steven glissa sa main dans son manteau. Un petit garçon et une fille plus grande approchaient. Ils ralentirent en apercevant l’étranger à côté de leur mère.
Timing impeccable. Steven fouilla sans se presser dans sa poche. Il voyait la panique monter chez Nancy Frauman et la prendre en tenaille. D’un côté la peur diffuse pour sa progéniture, de l’autre l’appréhension pour ce qu’il allait lui montrer. Il sortit le paquet de photos et sans ménagement les lui fourra sous le nez. On y voyait des corps d’enfants mutilés et torturés.
L’effet de surprise.
– Oh mon dieu ! s’écria Frauman en couvrant sa bouche de sa main gantée.
– C’est qui ? dit le garçon à sa sœur en désignant l’inconnu.
La fille lui donna un coup de coude.
– C… cachez ça, souffla Frauman, tandis que ses enfants vinrent se placer de chaque côté d’elle.
– Oui, bien sûr, dit Steven, jouant l’embarras.
Les laissant planer sous le nez du docteur, il rengaina les photos sans se presser.
– Je sais que vous avez eu une patiente du nom de Ann Milande, enchaîna-t-il.
Nancy Frauman entoura ses enfants de ses bras.
L’instinct maternel. La protection des petits.
– C’est elle qui a fait… ce que vous m’avez montré ?
Ce qui est pratique avec les gens intelligents, se dit Steven, c’est qu’il est superflu de leur mettre les points sur les i pour qu’ils saisissent les rapprochements.
La menace.
– Peut-être, dit Steven qui afficha un air soucieux. Je n’en suis pas sûr. J’aimerais en savoir un peu plus sur la personnalité de Ann Milande. Elle a été l’une de vos patientes, j’ai pensé que vous pourriez m’aider à la cerner…
Le docteur se raidit.
– Je ne dévoile jamais rien sur mes patients, dit-elle d’un ton ferme.
C’est là qu’il fallait opérer avec finesse. Surtout éviter que le terme « secret professionnel » soit prononcé, le Dr Frauman se verrouillerait par réflexe conditionné et Steven ne pourrait plus la décoincer.
La ruse.
– Je comprends, dit-il. Seulement, voyez-vous, je soupçonne Ann Milande d’être entrée dans une espèce de folie meurtrière qui s’exerce contre d’anciennes connaissances et leur famille. Mais mon dossier est encore trop mince. Je ne vous demande pas de me révéler ses pensées les plus intimes, docteur, seulement une sorte… d’avis éclairé.
Elle hésitait, tourmentée par un conflit intérieur. Il devait vaincre ses dernières réticences.
La peur.
– J’espère qu’elle n’est pas un danger pour vous, reprit-il, mais si je ne dispose pas d’éléments suffisants, je ne pourrai pas déclencher les mesures de protection pour vous et… (il montra Lisa et William d’un bref coup de tête).
Le visage de Nancy Frauman respirait l’inquiétude.
– Bien sûr, reprit Steven d’une voix rassurante, quoi que vous me disiez, ça restera entre nous, vous pouvez me croire.
La confiance.
Les enfants regardaient Steven avec des yeux ronds. Nancy Frauman les serra contre elle.
La victoire.