Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 25
– T’es juste un enfoiré qui connaissait la bonne personne au bon moment, Whitmore, dit Ehlinger d’un ton mauvais. C’est seulement pour ça qu’on t’a laissé enquêter pendant deux ans sur un dossier aussi pourri. Je vois pas d’autres explications.
Coincé avec elle dans l’ascenseur, Steven avait tout fait pour éviter d’engager la conversation et de respirer son parfum bas de gamme. Mais non, c’était dans la nature d’Ehlinger, elle provoquait à la moindre occasion.
– Qu’est-ce que tu veux dire ? dit-il pour passer le temps, en fixant la porte devant lui.
– Tes fameux enlèvements, tu as fait croire à tout le monde que c’était l’affaire du siècle, mais c’est du vent.
– Ah bon ? Qu’est-ce qui te fait dire ça, à part ta grande gueule ?
– Les statistiques, mon grand, les statistiques. On a épluché toutes tes fiches. Le seul lien entre tes « victimes », c’est qu’elles sont toutes des femmes, toutes blondes et âgées de vingt-cinq à trente ans. Dans ce pays, plus de six cent mille personnes manquent tous les ans. Tu as sélectionné huit femmes. Pourquoi tu t’es arrêté là ? Tu aurais pu en trouver facilement cinq, dix, trente qui correspondent à ton descriptif dans chaque état. Tu aurais pu déduire que ton type en enlève plus d’une centaine par an, pourquoi pas ? Y compris en Alaska et à Hawaï. Ou alors qu’il n’est pas seul et qu’il fait partie d’un immense réseau.
Steven éclata de rire. D’habitude, Ehlinger était assez bonne dans les études de statistiques, sa spécialité, mais là, c’était tellement stupide. Elle et Grasso devaient passer tout leur temps à détricoter son travail avec une obstination aveugle. Ils étaient assez idiots pour s’imaginer que c’est ce que Walsh attendait d’eux, alors que le chef s’inquiétait de l’ombre de Rylander... sur sa carrière.
– Beau boulot, Ehlinger. Toi et ton pote vous assurez. Au fait, j’y pense, statistiquement, les mecs tombent plus souvent en panne de papier dans les toilettes quand tu es de service. Tu crois que c’est ta présence dans les bureaux qui leur file la chiasse ?
Ehlinger chercha la réplique. Trop tard, les portes s’ouvrirent et Steven sortit de l’ascenseur à grands pas.
En allant se prendre un café, il aperçut le visage fermé de Walsh à travers la vitre de son bureau. Le chef lui lança un regard lourd de menaces en hochant la tête. En décrypté, ça voulait dire : « Même si l’essence de ton boulot de policier est de ne négliger aucun suspect et suivre toutes les pistes, tiens-toi loin de Charles Rylander ou tu le regretteras ».
Lorsque Steven se dirigea vers son bureau, le spectacle de Graziedei absorbé dans une pile de dossiers le plongea dans un profond abattement. Steven enrageait. Quitte à être dessaisi de l’affaire des enlèvements, qu’on le lâche au moins sur une vraie enquête criminelle avec des vrais méchants. Il avait hâte que le suicide de Matthews soit bouclé. Malheureusement, c’était loin d’être le cas, bien au contraire. La raison pour laquelle le docteur s’était donné la mort restait une énigme. Graziedei mettait pourtant les bouchées doubles. Il contactait toute personne susceptible de lui fournir une explication : psychiatres, chimistes, médecins légistes, spécialistes des drogues, médicaments, poisons, etc. Sans résultat jusqu’à présent.
Steven faisait semblant de s’impliquer. Il basculait en pilotage automatique et passait lui aussi des coups de fil, mais il rageait en ayant l’impression de perdre son temps. C’est sur Charles Rylander qu’il aurait dû se concentrer et non pas sur le cas du docteur scalpel.
Lorsqu’il vit Steven arriver, Graziedei agita un dossier avec un sourire hilare sur le visage.
Un fol espoir envahit Steven. Il a trouvé ! Graziedei a découvert comment Matthews s’est tué. Que le médecin repose en paix et qu’on passe à autre chose !
– Ben, mon pote, dit Graziedei, l’affaire se complique méchamment !