Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 60
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Ils s’approchèrent de leurs voitures. Ils n’avaient rien dit depuis le restaurant, échangeant de brefs coups d’œil.
– Bon, c’est le flic qui parle, dit Steven d’un ton plus ferme qu’il aurait voulu. Voici comment on va procéder : je vais vous accompagner à votre appartement. Je monterai quelques minutes… (il crut voir une ombre d’inquiétude sur le visage de Ann), pas plus, je vous le promets, ajouta-t-il précipitamment. Vous me montrerez discrètement l’endroit où vous avez repéré le rôdeur, chez Bennett. Vous me donnerez un sac avec n’importe quoi dedans, c’est sans importance. Si le type nous observe et qu’il me voit ressortir avec ce sac, il se dira que je suis passé en coup de vent prendre quelque chose. Je me garerai un peu plus loin et je reviendrai en douce jeter un coup d’œil chez Bennett. Ça vous va ?
– Vous pensez qu’il sera là ? fit Ann avec un petit filet d’angoisse dans la voix.
– Ça m’étonnerait beaucoup. Si votre voiture n’est pas devant chez vous, il ne doit pas s’attarder. Honnêtement, je préférerais qu’il y soit, comme ça, je pourrai vous en débarrasser. S’il n’est pas là, je verrai au moins à quoi ressemble son poste d’observation. On y va ?
Il lui fit un petit signe de tête un peu trop brusque et chacun monta dans sa voiture.
*
Ann jetait un coup d’œil dans son rétroviseur pour vérifier que Steven la suivait. Elle était soulagée à l’idée qu’il n’enquêtait plus sur elle — si c’était vrai. Malgré ses propos souvent maladroits, elle aimait la façon dont il manifestait son attention à son égard.
Dans le passé, on l’avait toujours traitée avec beaucoup d’attention : les infirmières veillaient à ce qu’elle ne se blesse pas, qu’elle prenne ses médicaments, qu’elle mange, qu’elle dorme, qu’elle s’habille ; les psys l’observaient et décryptaient ses paroles, ses gestes, ses rêves, ses impressions, ses activités, ses pensées. Mais c’était une attention artificielle portée à la patiente de la chambre 381.
Avec Steven, c’était différent. Elle avait le sentiment qu’il la voyait, elle. Et elle n’y était pas insensible, au contraire. Les choses iraient-elles plus loin ? Était-ce trop tôt ? Ou déjà trop tard ?
*
La nuit était tombée quand ils se garèrent devant les abattoirs Stammers.
Ils commencèrent leur petite comédie. Sans regarder l’immeuble de l’autre côté de la rue, ils montèrent à l’appartement. Ils s’approchèrent de la verrière. Ann devait donner l’impression qu’elle recevait un ami pour la première fois et lui faisait admirer sa superbe vue d’apocalypse. Sans faire un geste, elle lui indiqua la fenêtre, chez Bennett. Du coin de l’œil, Steven sonda les ténèbres. Rien de suspect, mais le rôdeur pouvait s’y trouver, caché dans l’ombre. Steven jugea que s’il faisait une apparition, la distance ne permettrait pas de distinguer les traits de son visage.
Ann s’éclipsa un moment du côté de la cuisine puis revint avec un sac de courses. Elle le tendit à Steven.
– Je n’ai rien remarqué, dit-il, en saisissant le sac. Comme convenu, je vais aller faire un tour. Quand je serai en bas, regardez-moi partir et jetez un coup d’œil en face. Si vous voyez quelque chose, faites-moi au revoir de la main.
Il se reprit.
– Sauf si vous trouvez qu’un signe de la main est trop familier. Dans ce cas, attendez une minute ou deux et passez-moi un coup de fil.
Ann leva sa main et l’agita.
– Je devrais y arriver.
Il vit un fin sourire animer ses lèvres. Ils restèrent sans trop quoi se dire.
– Bon, j’y vais, dit Steven, sur un ton de résignation, comme s’il regrettait de partir.
Elle fit un petit oui sec de la tête, la mine un peu crispée, comme si elle aurait voulu qu’il reste.