Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 155 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 154

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154

 

Un nouveau jour commençait à se lever. De son lit, Ann regardait les flocons ouatés virevolter par la fenêtre dans la lueur d’un soleil faiblard. Elle pensait ne plus voir la neige tomber sans qu’apparaisse le spectre de Rylander. Il n’en était rien, c’était comme si un voile blanc se déposait lentement sur ses souvenirs, effaçant toute trace du psychopathe. Même Lupo commençait à perdre de sa consistance. Et jusqu’à Zlotnick dont la substance nauséabonde se désagrégeait.

Elle se tourna vers Steven. Il avait l’air d’une marionnette calée tant bien que mal sur la chaise. Il ne la quittait pas, c’était touchant. Elle estima qu’il avait assez dormi. Ou plutôt, elle mourrait d’impatience de lui annoncer la nouvelle.

– Va te chercher un café, lui commanda-t-elle, alors qu’il émergeait. J’aimerais que tu sois un peu réveillé pour m’écouter.

Il obéit, à moitié conscient. Il revint avec deux gobelets. Il lui en tendit un. Elle le posa sur la tablette et le regarda prendre une gorgée. Après son petit tour au distributeur de café et l’annonce de la nouvelle qu’elle comptait lui révéler, Steven était réveillé. Il attendait avec impatience. Elle s’éclaircit la voix.

– Je crois que je vais survivre, dit Ann d’une voix timide.

Steven ne réagit pas.

– Enfin, je ne crois pas, j’en suis sûre…

Il sourit faiblement. Avoir dépassé le record de Spivak donnait à Ann l’illusion qu’elle était sauvée. Pour fuir l’effroyable échéance, elle se réfugiait dans un ultime déni de réalité.

– Je ne voulais pas te donner de faux espoirs en t’en parlant et je n’en étais pas sûre moi-même, mais c’est devenu une certitude (sa voix s’affermissait), je le sens au plus profond de mon être.

Son regard quitta la pièce.

– Ça s’est passé quand j’ai plongé dans les souvenirs de Lupo. Il brandissait le couteau (elle leva le poing au-dessus de sa tête, revivant la scène), il allait l’abattre, mais j’ai repoussé de toutes mes forces la fin de son geste. Je n’aurais pas pu supporter de voir ma mère se faire assassiner sous mes yeux. Tout mon être s’est rebellé contre cette image. Et je crois qu’à ce moment précis le pouvoir m’a abandonnée. Depuis que je suis ici, je guette, tu t’en doutes, le moindre avertissement que le processus va se déclencher. Mais je m’en fais pour rien, je le sais maintenant. C’est devenu une vérité absolue : je ne risque plus rien.

Elle se tut et reporta son regard sur Steven. Il souriait, émerveillé, comme s’il assistait à un spectacle magique qu’elle venait de projeter devant lui.

– C’est fantastique.

Il se leva, s’assit à côté d’elle, la prit dans ses bras.

– C’est fantastique, répéta-t-il, la tête enfouie dans ses cheveux, incapable de trouver d’autres mots. C’est fantastique…