Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 76 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 75

 

Lorsque Graziedei lui annonça qu’elle était en état d’arrestation, ses yeux verts s’agrandirent. Ann mit quelques secondes pour réaliser la situation, puis elle se tourna vers Steven avec l’expression d’une noyée qui tend la main vers un sauveteur. Elle comprit qu’il ne la prendrait pas. Il venait l’arrêter. Le visage de la jeune femme se ferma. Elle détourna les yeux et puis… plus rien.

Graziedei lui fourra sous le nez le mandat de perquisition, elle ne réagit pas. Il serra les menottes sur ses poignets. Aucune résistance. Pas un regard pour les quatre flics qui passèrent devant elle pour aller fouiller l’appartement. Docilité absolue quand Graziedei lui écrasa la tête pour la faire entrer dans le véhicule de police. Ann était devenue une masse molle pétrie par la procédure policière.

Trop fébrile pour conduire, Graziedei s’installa côté passager. Il avait un air de triomphe collé sur le visage. Steven se coula derrière le volant. Il régla le rétroviseur intérieur, en profita pour cadrer Ann. Il chercha son regard, mais avec le soir tombant, l’habitacle était plongé dans la pénombre et la jeune femme n’était qu’une silhouette noire. Impossible de deviner si elle le lui rendait.

Sur le parcours vers le département de police, Steven profita des passages dans des zones éclairées pour jeter des coups d’œil dans le rétroviseur. Il espérait croiser au moins une fois le regard de Ann, à l’affût du moindre indice sur son état d’esprit, guettant un message muet. Mais la jeune femme gardait la tête tournée vers la fenêtre, comme si le spectacle de la rue la fascinait, comme si elle était indifférente à son sort... et à lui.

Les policiers revenus au bureau, Ann fut envoyée dans la salle d’interrogatoire. Graziedei oublia l’existence de Steven. Face à Walsh, il insista lourdement pour que le chef enregistre bien que c’était lui qui avait trouvé la piste Zlotnick, lui qui l’avait reliée aux suicides, lui qui avait conduit à l’arrestation de Ann Milande comme suspect principal.

Steven se sentit blessé. C’était d’autant plus humiliant que c’était inutile, puisque Walsh l’avait déjà mis sur la touche. C’était décevant, c’était humain.

Graziedei pétait le feu. Il voulait aller vite, frapper fort, profiter d’une « dynamique de succès » comme il disait. Il tenait à interroger Ann le plus rapidement possible pour exploiter le stress de l’arrestation.

– Je veux empaqueter les aveux de Milande et les livrer sur le bureau de Walsh avant le coucher du soleil.

Le potentiel de l’affaire était immense. Il se découvrait des ambitions de carrière inconnues jusque-là. C’était enfin le gros coup qu’il n’avait jamais attendu.

Se grattant le derrière de la tête, arborant un air ennuyé, il s’approcha de Steven.

– Mon grand, ça te dérange si je cuisine Milande le premier ?

Le vent avait tourné. Dans le passé, lorsqu’ils formaient encore une vraie équipe, c’était toujours Steven qui interrogeait les suspects en premier. Il avait le truc pour les déstabiliser en finesse, ensuite Graziedei arrivait avec ses gros sabots pour leur asséner le coup de grâce. Ça marchait.

– Non, dit Steven en espérant paraître détaché. C’est ton enquête…

Graziedei émit un petit rire coincé.