Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 22 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 21

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21

 

Maeko partie, Ann fonça aussitôt chez elle. Après l’expédition entre les murs glacés de la grande salle des abattoirs, elle prit une douche brûlante pour se réchauffer. Puis, rhabillée dans un sweat à capuche et un pantalon de sport, elle sauta dans la Chrysler Lebaron. Elle se rendit au restaurant Wendy’s où elle avait l’habitude de se rendre pour bénéficier du Wifi gratuit. Elle avait commandé une salade César et un Coca-Cola pour avoir de la compagnie, et s’était mise à pianoter sur son vieil ordinateur portable.

Au bout de deux heures, elle renonça à chercher l’adresse de son père. Elle avait épluché tous les annuaires téléphoniques disponibles sans succès. C’était à croire qu’il avait disparu sans laisser de traces à sa sortie de prison.

La mort dans l’âme, elle dut se résoudre à envisager de contacter une personne qu’elle espérait ne plus jamais revoir. Cette fois, son adresse ne fut pas difficile à trouver. À son grand étonnement, Ann découvrit qu’elle n’habitait qu’à trois heures de chez elle. Elle décida de s’y rendre le lendemain matin.

Levée tôt, elle se mit en route sans tarder. Au hasard de son chemin, elle s’accrocha un bizarre rouleau aux raisins et au miel dans une petite pâtisserie européenne tenue par un couple de Hongrois. « Ça a l’air consistant » fut son seul critère de sélection.

La Chrysler consommait une quantité effrayante d’essence. Autant la brancher sur un pipeline. Au lieu des trois heures prévues, Ann en mit quatre pour atteindre sa destination, avançant comme une tortue pour économiser le carburant et les dollars.

Elle gara la voiture sur un parking de centre commercial. Noyée dans la masse des autres véhicules, elle avait moins de chance de s’y faire désosser que dans le quartier où Ann devait se rendre.

Après une demi-heure de marche dans le froid, Ann vérifia le nom de la rue. C’était la bonne, elle s’y engagea. Les bâtiments suintaient la précarité, la pauvreté, l’abandon. Les tags envahissaient les murs comme la signature du désœuvrement et du découragement. Quelques carcasses de voitures gisaient çà et là. Le quartier était presque aussi en ruine que chez elle, sauf qu’ici, c’était pire, il y avait encore des gens pour y habiter.

Ann vit une berline s’arrêter près d’un bâtiment. Un Noir emmitouflé dans une grosse doudoune sortit mollement d’un coin de mur et s’approcha. La vitre se baissa. Du coin de l’œil, Ann aperçut un billet et un sachet s’échanger en un éclair entre le dealer et le conducteur.

Serrant son manteau autour d’elle comme une armure, Ann pressa le pas, yeux braqués sur le sol.

Elle s’arrêta devant un immeuble sale et déglingué. C’était là.

Elle poussa la porte avec appréhension et pénétra dans le couloir. Ça sentait l’urine tenace, souvent renouvelée. Les rares ampoules valides du plafond diffusaient une lumière pisseuse sur les murs défraîchis.

Ann fut soulagée que l’appartement soit au rez-de-chaussée. Elle s’arrêta devant le n° 19. La rumeur d’une télévision traversait la porte. Elle appuya sur le bouton crasseux de la sonnette. Rien ne bougea à l’intérieur. Elle recommença. Toujours rien. Par petits coups brefs, elle transmit son agacement à travers la porte.

Le volume sonore de la télé baissa enfin. Puis Ann perçut un frottement. Quelques secondes passèrent. Collé au judas, un œil la scrutait. La patience de Ann s’érodait. Une voix méfiante se fit entendre.

– C’est qui ?

– Ann Milande, répondit-elle sèchement.

– Qui ?

– Ann Mi-lan-de, répéta-t-elle en détachant les syllabes avec exagération.

Nouvelle séquence d’éternité. Comme si les paroles de Ann prenaient un temps fou à traverser de l’autre côté. Elle y sentait flotter une boule d’indécision.

Enfin, des bruits de serrures et d’entrebâilleur qu’on libère se firent entendre. La porte s’entrouvrit. Apparut un visage fatigué, morne, presque dévitalisé, troué d’yeux inquisiteurs cernés de noir. La femme qui devait avoir la trentaine en paraissait dix de plus.

– Bonjour Doris, dit Ann, sans joie.

Elle eut du mal à reconnaître ce visage qu’elle n’avait plus vu depuis qu’elle était enfant. Celui de Doris Milande.

Sa sœur.

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