Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 135 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 134

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134

 

Ann sentit la douleur augmenter dans sa gorge, là où la pointe du couteau entrait dans sa chair. La respiration du tueur s’accélérait. Une lueur de folie brûlait dans ses yeux.

– Donne-moi ton rire, répéta Rylander.

Leur rire, c’est ce qu’il cherchait à obtenir de ses victimes, afin de retrouver l’intensité de la première fois, avec Amanda.

– Non, Charles.

Ann avait prononcé ces mots comme si une autre personne s’était exprimée à travers elle.

Un sourire tordit la face de Rylander.

– Bien sûr que si, rétorqua-t-il, elles finissent toutes par m’obéir.

– Je n’ai aucune raison de rire. Au chalet, si j’ai ri, ce n’était pas pour me moquer de toi.

Rylander sursauta.

– Le chalet ?

Les mots sortaient de la bouche de Ann comme s’ils étaient prononcés par… Amanda. Les intonations de la première victime de Rylander coloraient sa voix.

– J’étais crispée, intimidée, même si tu ne t’en rendais pas compte. C’était un rire nerveux, mais je ne me moquais pas de toi, Charles, je t’assure.

Rylander pâlit. Ann sentait que son pouvoir agissait toujours sur le psychopathe, elle put observer qu’il perdait pied avec la réalité : son esprit se brouillait, devenait confus. À la place de Ann, Rylander voyait Amanda ressuscitée.

Il baissa son couteau. À travers Ann, la voix reprit :

– Tu sais ce que nous allons faire, Charles ? nous allons retourner au chalet. Nous allons recommencer. Et cette fois, je ne rirai pas.

Rylander hésitait.

– Détache-moi, dit-elle doucement. Emmène-moi à la cabane. Les choses se passeront comme tu le veux.

Rylander hocha la tête et se mit à sourire. Une étrange lueur brillait dans ses yeux.

– D’accord, dit-il. On y va.

Ann vit l’effroyable désir qui grandissait en lui. Il comptait refaire l’amour avec « Amanda » et la tuer. Il voulait retrouver l’intensité du plaisir de cette première fois qu’aucune de ses autres victimes ne lui avait procuré.

Un éclat de bruit métallique retentit aux pieds de Ann. Rylander venait de lâcher son couteau. Il tendit ses mains au-dessus d’elle pour détacher le fil de fer qui lui liait les poignets. Ses pectoraux frôlèrent son visage, Ann frissonna de dégoût. Elle faillit détourner la tête, mais réussit à contrôler sa répulsion.

Il ne comprendrait pas ce rejet. Il ne doit pas se méfier.

Rylander s’accroupit. Elle sentit qu’il lui détachait un pied, puis l’autre.

Libre.

Elle voyait le dessus de sa tête, sa chevelure blonde si soignée. Elle n’aura pas d’autre occasion. La rage submergea la peur qui l’habitait. Elle prit une inspiration et, de toutes ses forces décuplées par la haine, elle donna un violent coup de genou dans le menton de Rylander.

Il bascula en arrière en grognant. Ann fouilla des yeux la table où il avait installé ses « instruments ». Elle vit une sorte de masse. Bien sûr, il aime casser des os. Assis sur le sol, Rylander se frottait la mâchoire. Le coup de genou ne lui avait pas fait très mal, il l’avait ramené à la réalité. Il leva un regard mauvais vers Ann. Ce n’était plus Amanda qu’il voyait.

Ann le frappa en pleine tête. Le choc fit un bruit effroyable. Le cuir chevelu explosa en une gerbe de sang. Rylander s’affala sur le côté. Dans la demi-obscurité de la salle, une mare presque noire commença à s’étendre autour de lui.

Masse levée, Ann se campa au-dessus de lui, prête à frapper une seconde fois. Mais Rylander ne bougeait plus. De sa plaie au crâne coulait un flot de sang couvrant son visage d’un masque rouge sombre.

Ann sentit ses forces quitter ses mains qui s’étaient mises à trembler au-dessus de sa tête. Elle lâcha la masse qui percuta le sol dans un bruit sourd. Elle contempla un instant le corps parfait étendu à ses pieds. La chute l’avait laissé dans une sorte d’abandon lascif, une pose féminine qu’il aurait détestée.

Elle prit son élan et lui donna un monumental coup de pied dans les parties. Il ne réagit pas. Elle s’éloigna rapidement vers la sortie, sans se retourner.

Personne ne l’empêcherait de poursuivre son but. Pas même Charles Rylander.